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L’été sera court

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Il vaudra mieux refaire nos forces cet été, épuisés que nous sommes par cette année de toutes les corruptions et les incompétences politiques. D’ailleurs, nous n’en avons pas fini avec les révélations.

Il vaudra mieux refaire nos forces cet été, épuisés que nous sommes par cette année de toutes les corruptions et les incompétences politiques. D’ailleurs, nous n’en avons pas fini avec les révélations. Voilà qu’en septembre prochain, nous remontrons aux barricades avec le projet de la charte des valeurs québécoises. Le gouvernement veut sans doute qu’explose le débat le plus émotif et corrosif qui soit. Pour mousser l’indépendance, il va sans dire.

Laïcité out

Le gouvernement prend même la peine de rebaptiser la charte de la laïcité, car cette dernière serait un concept trop français, selon le PQ. Comme si sur terre seuls les Québécois ne comprenaient pas (à cause de leurs valeurs spécifiques, peut-être?) le concept de laïcité qui est de portée universelle. De fait, le PQ croit qu’en lançant le débat plutôt sur l’identité québécoise, il ouvrira la voie, actuellement cahoteuse et quasi sans issu vers la souveraineté. Le PQ, on le sait, ne recule plus quant à la démagogie

Le « nous » inguérissable

Plutôt que d’affirmer clairement par une charte de la laïcité que le Québec est une société où la neutralité religieuse de l’État s’impose à travers ses institutions et d’en tirer les conséquences, nous nous engouffrerons dans notre québécitude exacerbée par tous nos échecs, nos fragilités, nos faiblesses et nos inquiétudes existentielles. Il serait tout à fait légitime, par exemple, de proclamer l’interdiction des signes distinctifs religieux dans les institutions publiques, parapubliques et pour les fonctionnaires. En finir avec le voile à l’école, chez le personnel hospitalier, terminées les demandes d’être servi par un fonctionnaire du même sexe et tutti quanti.

Dans sa débacle, et le mot est bien pesé, le gouvernement va donc rouvrir la boîte de Pandore. L’automne prochain, nous nous épancherons sur nos valeurs québécoises dont trop de gens croient qu’elles appartiendraient à notre ADN. Comme si l’égalité des sexes, la démocratie, la liberté d’expression qui nous caractérisent étaient de notre fait et non un héritage de l’humanisme qui a modelé l’Occident. Bernard Drainville, Jean-François Lisée et d’autres savent très bien au fond d’eux-mêmes ce qu’il peut advenir d’un débat sur la définition de l’identité québécoise surtout dans le contexte perturbant actuel, alors que les citoyens sont au-delà du ras-le-bol et avant tout divisés et déchirés par des luttes partisanes, claniques et de classes.

Définition des valeurs

Les valeurs québécoises de nos jours, est-ce être athée, haïr la religion (surtout l’Église catholique), avoir face à l’argent un rapport ambivalent, se méfier de la réussite sauf dans le sport et encore? Est-ce manger de la poutine, fumer son poisson, être végétarien ou chasseur d’orignal, massacrer la langue, se méfier des intellos, frapper sur des casseroles, ne plus croire aux institutions? Est-ce une valeur québécoise que d’émailler son discours de «crisse», de «câlisse» et autres termes liturgiques dont on ignore d’ailleurs le sens et l’usage? Est-ce être jeune et dans la précarité financière? Est-ce une valeur québécoise que d’avoir laissé installer la corruption au cœur de nos institutions?

L’élaboration d’une charte des valeurs québécoises ne sera rien d’autre qu’un nouveau psychodrame alors qu’un débat sur la laïcité nous permettrait de nous affirmer collectivement en toute légitimité.

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