/opinion
Navigation

La laïcité érigée en religion

Bloc Samson

Coup d'oeil sur cet article

Alors que le ministre Bernard Drainville planche sur une charte de la laïcité rebaptisée charte des valeurs québécoises, le plus haut tribunal du Québec reconnaît au maire de Saguenay la liberté de réciter publiquement une courte prière avant l’ouverture des séances du conseil municipal.

Alors que le ministre Bernard Drainville planche sur une charte de la laïcité rebaptisée charte des valeurs québécoises, le plus haut tribunal du Québec reconnaît au maire de Saguenay la liberté de réciter publiquement une courte prière avant l’ouverture des séances du conseil municipal. Les Québécois seront plus mêlés que jamais sur la question des accommodements religieux.

La Cour d’appel envoie ainsi aux Québécois un message en faveur de plus de tolérance dans leur cohabitation. Vivre et laisser vivre. Le Mouvement laïque québécois mène en effet une croisade pour le bannissement de tout signe religieux, au nom de la liberté de conscience et de religion. Il brandit ces droits pour ériger la laïcité en religion!

Le Tribunal des droits de la personne avait donné raison au militant Alain Simoneau contre Ville de Saguenay et son maire, Jean Tremblay, de son côté un militant catholique très engagé. La décision de la Cour d’appel n’a pas surpris les experts hier. Cette dernière a en effet renversé un certain nombre d’autres décisions du Tribunal des droits de la personne ces derniers temps. Elle le considère comme un simple tribunal administratif et ne reconnaît pas vraiment son expertise dans l’interprétation de la charte des droits de la personne.

Indemnités injustifiées

Différentes écoles de pensée se sont développées en matière de droits de la personne, comme dans tous les autres champs d’activité. Je n’aurai pas la prétention de trancher sur le fond entre les juges de la Cour d’appel et le Tribunal des droits de la personne. Ce dernier m’avait toutefois fait rager en condamnant la Ville à verser à Alain Simoneau 15 000 $ pour des dommages moraux et 15 000 $ à titre de dommages punitifs. C’était une insulte à l’intelligence et au portemonnaie des citoyens de Saguenay.

Qui croit que M. Simoneau a vraiment souffert de la récitation d’une prière de 20 secondes par le maire Tremblay en sa présence? Il est quotidiennement confronté à des références religieuses dans l’espace public, sans en faire une maladie. Le préjudice ne résiste pas à l’analyse. Par ailleurs, il pouvait attendre à l’extérieur de la salle et entrer après la prière. Il n’aurait été privé d’aucune information.

Identité et patrimoine

Le catholicisme, que l’on soit croyant ou non, pratiquant ou non, fait partie de l’identité collective québécoise et de notre bagage culturel.

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité en mai 2008 une motion qui «témoigne de son attachement à notre patrimoine religieux et historique, représenté notamment par le crucifix de notre salon bleu (...)»

Les juges de la Cour d’appel ont aussi fait référence à la croix blanche ornant le drapeau du Québec et à la croix du mont Royal. Pour la Cour, le principe de la neutralité religieuse de l’État ne vise pas à exclure de la réalité d’une société toute référence à son histoire, fut-elle religieuse.

Le crucifix et la statue du Sacré-Cœur, dont la présence était aussi dénoncée, relèvent essentiellement d’un patrimoine culturel historique pour les citoyens.

La proximité de signes religieux avec des décideurs civils, ministres, députés ou maires, n’a jamais été non plus, dans mon esprit, un assujettissement de ces derniers à une Église et aux dirigeants de celle-ci. Même Jean Tremblay.

En tout respect pour le Tribunal des droits de la personne, la décision de la Cour d’appel me semble dictée par le gros bon sens.

Commentaires
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.