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Le courrier

Évasion fiscale: où loge le Canada?

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Dans quelques jours, le G8 se réunira en Irlande. Il y sera question de réforme pour lutter contre l’évasion fiscale. Bien qu’il s’agissait d’un secret de Polichinelle, qui peut badiner maintenant en parlant des paradis fiscaux, après la mise au jour de la vaste enquête menée par le Consortium international des journalistes d’enquête (ICIJ)? Cette investigation mondiale a mis un visage sur les paradis fiscaux: ce sont 130 000 personnes de 170 pays et en lien avec 120 000 entreprises. Ici, ce sont 450 Canadiens, dont 46 Québécois, qui ont été ciblés.

Au Canada, on estime que l’évasion fiscale et l’évitement fiscal font en sorte qu’aucun impôt n’est prélevé sur des montants dépassant 100 milliards $ annuellement. Les États doivent donner l’assurance à l’ensemble des contribuables qu’ils vont rétablir l’équité entre tous les contribuables. Dans le cas contraire, on doit craindre que nos sociétés soient de plus en plus minées par l’individualisme et l’anomie.

Attitude inquiétante

L’attitude du gouvernement fédéral a de quoi inquiéter. Récemment, un reportage de Radio-Canada révélait que l’Agence du revenu aurait pu, moyennant un déboursé financier, se procurer les informations concernant les Canadiens ayant recours à cette supercherie qu’est l’évasion fiscale.

Cette opportunité de démasquer ceux qui, sans scrupule, se jouent de notre système aurait été refusée sous prétexte que l’Agence ne disposait pas du budget pour acheter ces informations. Mauvais calcul s’il en est! Depuis que cette information a été rendue publique, il semble finalement qu’elle pourrait se les procurer...

Le mal à la source

Encore aujourd’hui, d’autres informations circulent voulant que le gouvernement canadien s’oppose à certaines des modifications que le G8 voudrait mettre en avant pour aider les États à lutter contre l’évasion fiscale. Quel intérêt le Canada a-t-il pour chercher à faire échec aux efforts multilatéraux visant à combattre ce fléau? Comment peut-on à la fois dire à sa population, budget après budget, qu’on doit procéder à des coupes dans les programmes – des compressions de 5,2 milliards $ l’an dernier – faute de moyens et, du même souffle, refuser de mettre tout en œuvre pour éradiquer le mal à la source?Ne pas agir, c’est se rendre coupable par association.

Nous attendons du gouvernement qu’il soit l’un des meneurs lors des discussions au G8 pour changer la donne en matière d’évitement fiscal et non pas que le Canada se retrouve, encore une fois, dans le camp de ceux qui empêchent le progrès.

Jacques Létourneau Président de la CSN

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