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Haïti | séisme

Une mère monoparentale risque la déportation

Marie-Danielle
Photo Le Journal de Montréal, Sonia Noreau Marie-Danielle Nicolas était enceinte de huit mois lors du tremblement de terre en Haïti. Sa fille Chiarah est née au Québec. La jeune mère se dit angoissée à l’idée de remettre les pieds dans son pays d’origine.

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Une mère de 33 ans, victime de l’effroyable séisme qui a secoué Haïti en janvier 2010, risque d’être déportée si le gouvernement Harper retire Haïti de la liste actuelle des pays vers lesquels le Canada ne procède pas à la déportation pour des raisons humanitaires.

Marie-Danielle Nicolas, qui était enceinte de huit mois lorsqu’elle a été enterrée vivante sous les décombres, est sans nouvelle de sa demande d’asile depuis plus de trois ans.

Pour l’instant Haïti fait partie des pays vers lesquels Ottawa ne déporte plus les demandeurs d’asile dont la requête est rejetée. Mais ça pourrait changer très prochainement.

Elle craint qu’Ottawa retire Haïti de cette liste malgré un avis contraire du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés.

Mme Nicolas était enceinte de huit mois lors du tremblement de terre. Sa fille Chiarah, qui est née au Québec, a d’importants problèmes de développement qui pourraient être liés à la catastrophe naturelle. À trois ans, elle parle à peine.

«Elle a des besoins particuliers. Je suis suivie au Centre de réadaptation Marie Enfant, on a une session de thérapie par semaine. Mais je suis très inquiète parce qu’à Haïti elle n’aurait pas de suivi, ce service n’existe pas.»

Peur de la violence

La jeune mère a peur de retourner dans son pays d’origine. Elle se dit angoissée à l’idée d’y remettre les pieds. Mme Nicolas croit que le pays ne s’est pas réellement remis depuis le tremblement de terre.

«Ça empire de jour en jour. C’est toujours la même chose, les kidnappings et l’insalubrité. Il serait injuste d’enlever Haïti de la liste, pense-t-elle. Il y a des gens qui vivent encore dans des tentes!»

La mère monoparentale a tout perdu dans le tremblement de terre. «Revenir à Haïti, c’est reculer de dix ans.»

Difficile de convaincre un employeur et de planifier son avenir lorsqu’on n’a qu’un statut temporaire. Ayant réussi à décrocher le poste d’agente d’indemnisation dans une compagnie d’assurance, elle conserve un statut précaire, passant de permis de travail à permis de travail.

«C’est vraiment frustrant, je ne peux pas acheter de maison. On ne peut pas avoir de plan à long terme.»

Sans statut, ces milliers d’Haïtiens n’ont pas accès au cégep ou à l’université. S’ils quittent le Canada, ils risquent de ne jamais pouvoir revenir.

Demande de compassion

Québec demande au gouvernement fédéral de faire preuve de compassion envers les 5000 Haïtiens qui pourraient être déportés.

Pour mettre fin à l’angoisse annuelle dans laquelle sont plongées ces milliers de personnes, Diane De Courcy, ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, demande le maintien d’Haïti sur la liste. Elle demande aussi à Jason Kenney, son homologue fédéral, d’adopter une nouvelle politique.

Mme De Courcy souhaiterait que les demandeurs d’asile dont le renvoi est temporairement suspendu puissent faire une demande de résidence permanente après trois ans. Ceci permettrait à Marie-Danielle Nicolas d’obtenir un statut stable. Si elle est retenue par Ottawa, elle changerait la vie des demandeurs d’asile d’Afghanistan, d’Irak, du Zimbabwe et de la République démocratique du Congo.

Même si leur demande d’asile est refusée, ils pourraient faire une demande de résidence permanente après trois ans passés au Québec.

Malgré le long silence du ministre fédéral depuis le début des démarches du gouvernement du Québec, Mme De Courcy espère recevoir un appel de M. Kenney dans les prochains jours.

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