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Lac-Mégantic

Colère contre Ponce Pilate

Colère contre Ponce Pilate
photo agence QMI, RENÉ BAILLARGEON Luc Gendron a érigé une pancarte dont l’écriteau est sans équivoque, à l’angle des rues Victoria et Cartier, face à la voie ferrée, à un jet de pierre du lieu où le «train de la mort» a sévi. Et il a signé : la population.

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Les plus jeunes d’entre vous, ou les moins religieux, ne connaissent sans doute pas l’ex-procurateur de Judée, Ponce Pilate.

LAC-MÉGANTIC | Les plus jeunes d’entre vous, ou les moins religieux, ne connaissent sans doute pas l’ex-procurateur de Judée, Ponce Pilate.

Ce chevalier romain du premier siècle est connu pour avoir prononcé la sentence de mort de Jésus, mais surtout de s’en être lavé les mains en grand irresponsable qu’il était.

C’est à lui que j’ai songé en écoutant les commentaires des dirigeants de la compagnie Montréal, Maine and Atlantic Railway (MMA) au cours des dernières heures.

Bien sûr, la MMA a prononcé des excuses du bout des lèvres hier, mais seulement après des jours à s’efforcer de vouloir «passer le singe» et chercher à transférer la responsabilité du drame de Lac-Mégantic dans la cour du voisin.

On verra ce à quoi les enquêtes rigoureuses concluront mais déjà, le jugement populaire envers la compagnie ferroviaire américaine est accablant et sans appel : coupable.

Une grande respiration

Dans une journée plutôt maussade et pluvieuse, j’ai pris la direction du Parc de la Croix, situé dans les hauteurs du secteur Fatima en empruntant la rue Lafontaine, en début d’après-midi.

C’est mon endroit préféré à Lac-Mégantic. Il offre le plus époustouflant des points de vue de la région. On peut y observer en plongée la ville, le lac et la chaîne de montagnes dominée par l’imposant Mont Mégantic.

J’avais passé l’avant-midi à discuter avec des Méganticois et Méganticoises de la tragédie et je m’étais dit que le Parc de la Croix me permettrait de prendre une grande respiration, de décanter les malheurs qui m’étaient racontés à chaque minute. Un moment d’accalmie pour faire passer le bouillon d’émotions.

Mais même au sommet du parc, au pied de l’imposante croix de 25 mètres, la colère grondait.

Une vingtaine d’observateurs intéressés s’y trouvaient et chacun avait les yeux rivés sur l’amas de ferrailles au centre-ville à leurs pieds.

Un homme, Dany Papineau était du groupe. Ce camionneur de 27 ans de métier sait de quoi il parle en matière de transport. Et pour l’instant, il ne croit pas un traitre mot lui non plus de ce que raconte la MMA.

«Leurs explications tordues au sujet de la pression des freins, c’est n’importe quoi, dit-il. Mais moi, c’est surtout le genre de wagons utilisé pour transporter des matières dangereuses qui me choque. Lorsque je suis au volant de mon camion et que je transporte du jus d’orange, je ne «charrie» pas la même citerne que si je transportais des matières dangereuses. Si je le faisais, je me ferais arrêter et je perdrais ma job sur-le-champ. Comment se fait-il que la MMA pouvait transporter du pétrole en zone urbaine dans des citernes plutôt conçues pour le transport d’huile de maïs ? Ça ne me rentre pas dans la tête.»

La question reste entière, Monsieur Papineau.

Dehors !

À mon retour au centre-ville, à proximité de «ground zero», toujours sous la pluie, les citoyens ne décoléraient pas non plus.

«Je n’en reviens pas que la MMA tente de mettre ça sur le dos des pompiers de Nantes», vociférait Marc Perron, sur la rue Laviolette.

Pour sa part, Luc Gendron, un technicien de Bell Canada, a plutôt décidé de prendre les grands moyens. À l’angle des rues Victoria et Cartier, face à la voie ferrée, à un jet de pierre de l’endroit où le «train de la mort» a sévi, il a érigé une pancarte dont l’écriteau est sans équivoque. «Toi le train d’enfer ne reviens pas ici. Tu n’es plus le bienvenu».

Et il a signé : la population.

«J’ai été élevé ici, je connais les gens et je pense parler en leur nom, soutient-il. Un train avec des matières dangereuses au centre-ville, c’est fini.»

M.Gendron soutient qu’il n’en a pas contre les trains mais de qu’est-ce qu’on en fait. Il espère que nos gouvernements vont serrer la vis aux compagnies, tout en encadrant rapidement le transport des produits dangereux par rail dans les zones urbaines.

«Comme la plupart des villes et des villages du Québec, Mégantic a été construit autour du chemin de fer au début des années 1900. C’est à cause de lui que la ville a grandi. À l’époque, on y transportait du blé, du bois ou des matières du genre. Ce n’étaient pas des bombes roulantes.»

Selon toute vraisemblance, le président de la MMA, Ed Burkhardt, doit être à Lac-Mégantic aujourd’hui. Plus tôt cette semaine, c’est ce même président qui disait craindre pour sa sécurité. «J’espère que je ne me ferai pas tirer dessus», avait-il raconté.

Je sais que les gens de Lac-Mégantic sont plus civilisés que les cowboys du Texas. Mais que M. Burkhardt ne s’avise pas à jouer les Ponce Pilate et à prendre les citoyens pour des valises, car il trouvera sur sa route une population montée sur ses grands chevaux.

« Je n’en reviens pas que la MMA tente de mettre ça sur le dos des pompiers de Nantes »
– Marc Perron
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