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Lac-Mégantic

De la voie ferrée à la Voie lactée

De la voie ferrée à la Voie lactée
photo reuters Des colombes prenant leur envol lors de l’hommage aux disparus à l’église Sainte-Agnès de Lac-Mégantic, hier.

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LAC-MÉGANTIC | Dans le cadre du projet de revitalisation du centre-ville, le conseil municipal de Lac-Mégantic a adopté une résolution il y a six ou sept ans qui visait à se doter d'une devise.

LAC-MÉGANTIC | Dans le cadre du projet de revitalisation du centre-ville, le conseil municipal de Lac-Mégantic a adopté une résolution il y a six ou sept ans qui visait à se doter d'une devise.

Dans un concept qui permettait de faire le lien entre le fameux chemin de fer traversant le cœur de la ville et l'Observatoire du mont Mégantic situé en face, de l'autre côté du lac, on avait arrêté le choix sur la devise suivante : «De la voie ferrée à la Voie lactée.»

Ironie du sort, on était loin de se douter à l'époque que ce slogan prendrait un tel sens quelques années plus tard et qu'une catastrophe ferroviaire viendrait charcuter le centre-ville, entraînant vers le ciel étoilé les âmes d'une cinquantaine de citoyens.

La voie ferrée, aujourd'hui maudite de tous, a fait partie de la réalité des Méganticois depuis 100 ans. Sans dire qu'on appréciait sa présence au centre-ville, on faisait avec. On l'avait intégrée au décor. Elle servait à faire prospérer la région. Mais il n’était écrit nulle part qu'elle deviendrait une tueuse en série.

Même si ce slogan peut désormais chatouiller l'humeur de certains citoyens, la Ville n'envisage pas pour le moment de le modifier ou de le faire disparaître, me chuchote un élu.

Mais la situation devrait se résorber d'elle-même. Le conseil a adopté hier matin, au cours d’une réunion extraordinaire tenue à Frontenac (une petite municipalité située à deux ou trois kilomètres de Lac-Mégantic), une résolution visant à dévier la voie ferrée à l'extérieur de la ville, au sud-est, vers le parc industriel, derrière l'usine Tafisa.

À court terme, on devrait avoir chassé les mauvais esprits du centre-ville, mais on devra plancher sur un nouveau slogan.

UN SON INTERMINABLE

Sous le coup de midi hier, les cloches de l'église Sainte-Agnès ont résonné 50 fois aux quatre coins de la ville, entraînant les citoyens dans un silence de mort.

Cinquante coups de cloche en rafale, voilà qui traduit bien l'ampleur du drame humain. Un son interminable qui marque officiellement le début de la phase du processus de deuil collectif.

Je vous assure que ça frappe directement au cœur. Ça vient même toucher aux tripes les journalistes soi-disant immunisés que nous sommes censés être.

«Cette cochonnerie-là, monsieur, c'est 50 pertes de vie, mais ça fait 6000 victimes», a murmuré, le cœur en compote, une citoyenne sur la rue Dollard cette semaine.

C'est exactement ce qu'on a senti hier.

PERTE D'UN AMI

L'ex-entraîneur adjoint du Canadien Charles Thiffault a vécu 25 ans dans la région, ayant même été directeur général du magnifique club de golf de Lac-Mégantic il y a une dizaine d'années.

Charles, qui a gagné la coupe Stanley en 1993 aux côtés de Jacques Demers, a tissé plusieurs liens ici. Il a développé un grand réseau d'amis au lac au cours de ces années.

Il était sous le choc lorsque je l'ai joint au téléphone cette semaine.

«J'ai perdu un grand chum, Roger Paquet, qui habitait dans le secteur du parc des Vétérans. Roger a été capitaine du club de golf pendant plusieurs années. C'est terrible.»

DEUX AUTRES ANNÉES

Je vous en avais parlé plus tôt cette semaine en faisant le portrait de la mairesse Colette, qu'on commence à surnommer ici la «Dame de granit».

Colette avait annoncé ses intentions de quitter la vie politique, mais toute la communauté la supplie de rester pour piloter la reconstruction.

Le scénario évoqué était de retarder d'un an les élections municipales à Lac-Mégantic, prévues en novembre.

Or, la venue du ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, ici vendredi, a permis de dénouer l'impasse.

Selon ce qu'on apprend, le ministre est allé au-delà de la demande des élus (un an) après avoir constaté l'ampleur de la tâche lors de sa présence sur les lieux du sinistre. C'est lui qui aurait suggéré à la mairesse de présenter une demande pour prolonger le mandat des élus.

«Mais, lui aurait-il dit, faites votre demande pour deux ans.»

Colette devrait donc retarder ses projets de retraite de quelques années encore, et il n'y a personne qui va s'en plaindre. Sauf, peut-être, son mari, Yvan Laroche, déjà à la retraite.

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