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Lac-Mégantic

Hommage à un fils

Hommage à un fils
Photo d'archives Raymond Lafontaine et son fils Christian. Raymond Lafontaine, qui a perdu son fils Gaétan, a été vu sur de nombreuses tribunes depuis la tragédie.

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LAC-MÉGANTIC | L’heure est au recueillement dans le cœur des gens de Lac-Mégantic, une semaine après l’explosion de la bombe roulante au centre-ville qui a entraîné une cinquantaine de personnes dans la mort.

LAC-MÉGANTIC | L’heure est au recueillement dans le cœur des gens de Lac-Mégantic, une semaine après l’explosion de la bombe roulante au centre-ville qui a entraîné une cinquantaine de personnes dans la mort.

Hier, les autorités ont ouvert l’église Sainte-Agnès située à deux pas du sinistre, au carrefour des rues Laval, Villeneuve et Dollard, afin que les familles et les proches des victimes puissent amorcer leur processus de deuil. Une étape difficile et intime qui risque de s’éterniser pour certains puisque les autorités n’ont encore aucune trace d’une vingtaine des disparus.

En mode action

À tour de rôle, des membres des familles éprouvées ont franchi les marches du parvis de l’église, souvent avec des souvenirs dans les mains, avant de gagner l’intérieur du lieu de culte pour y réfléchir sur la vie.

L’homme d’affaires local Raymond Lafontaine se promettait d’y aller, mais, au moment où je l’ai croisé en avant-midi au centre d’hébergement de la polyvalente Montignac, il ne l’avait pas encore fait.

M. Lafontaine est en mode action depuis que le train de la mort a frappé sa famille, car il a perdu son fils Gaétan, ses brus Joanne et Karine de même qu’une employée. Ces quatre êtres chers étaient au fameux Musi-Café le soir du drame.

Besoin d’intimité

M. Lafontaine est un incontournable ces temps-ci à Lac-Mégantic, mais je ne lui avais pas encore parlé depuis mon arrivée ici dimanche.

On l’a vu sur toutes les tribunes exprimer sa colère (et un peu, beaucoup celle des gens de Mégantic) dans les heures suivant l’impensable événement. Il est ensuite intervenu auprès des politiciens et des dirigeants de la compagnie ferroviaire. Enfin, il a aidé à mettre sur pied des initiatives locales pour veiller à la suite des choses.

Mais, pour un certain temps, ce père de famille retourne à la maison, où sa femme, Pierrette, l’attend, de même que toute sa progéniture (il a encore quatre enfants et plusieurs petits-enfants). On ne le verra plus devant les caméras ou dans les journaux de sitôt.

«J’ai fait ce que je devais, j’ai crié ma révolte et exprimé mon point de vue (ce n’est pas un accident, c’est de la négligence criminelle, insiste-t-il) et il est temps pour moi de prendre une pause et de vivre cela en famille», dit-il d’un ton calme.

«C’est le temps d’enterrer nos morts, de retourner avec les miens. C’est le temps de pleurer, mais, déjà, j’ai l’impression de ne plus avoir de larmes tellement j’en ai versé.»

Et Gaétan?

Avant son dernier tour de piste, je me suis risqué à lui demander d’expliquer la raison profonde de cette tristesse et de cette révolte, c’est-à-dire la perte de son fils de 33 ans, Gaétan.

- Et si vous me parliez de Gaétan, quel genre de fils était-il?

Je savais que j’entrais dans une zone qu’il avait tenté de fuir depuis quatre ou cinq jours.

«Gaétan? Oh, boy. Attends un peu», a-t-il répliqué, la voix éteinte.

«Il était chargé de projets. Il s’occupait de l’administration de nos [5] compagnies chez Groupe Exca. Il avait étudié à l’école du leadership à Saint-Georges de Beauce. J’étais bien fier de lui.»

- Très bien, mais ce Gaétan-là, c’était le partenaire d’affaires. Je parle de l’autre Gaétan.

«Tu veux que je te parle de mon fils Gaétan, hein?

- Si vous le voulez bien.

«Eh bien, un fils comme ça, monsieur, ça ne s’invente pas. C’était notre bébé. C’était un fils aimant. Jovial. Il était pétant de santé et avait un côté rêveur. Il essayait toute sorte de choses. Il est allé faire un voyage dans la jungle au Costa Rica et il en parlait avec passion. C’est ça, il était passionné. C’était un sportif accompli. Il adorait le basketball. Il touchait à tout. C’était aussi un très bon père. Il va nous manquer. Je vais me limiter à ça. C’est justement ce que je vous disais précédemment: il est temps que je retourne avec les miens, on a des choses à se dire.»

Sur ce, Raymond Lafontaine a mis fin à la conversation avec toute la douceur et l’affection d’un père, tout en servant une mise en garde au chroniqueur.

«S’il vous plaît, écrivez ça comme il faut. Gaétan mérite bien ça.»

- On va essayer, M. Lafontaine, on va essayer.

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