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Lac-Mégantic

Huguette a décidé de vivre

Huguette a décidé de vivre
photo agence qmi, daniel mallard Catherine Quirion a ratissé la ville à la recherche de sa grand-tante Huguette Tanguay le 6 juillet, lorsque le train a déraillé au centre-ville de Lac-Mégantic. Mme Tanguay a heureusement pu se réfugier, saine et sauve, chez ses sœurs.

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LAC-MÉGANTIC | Dans un petit appartement du premier étage d’un édifice du secteur Fatima, Huguette Tanguay se berce en racontant avec calme et émotion son hallucinant récit de survie.

LAC-MÉGANTIC | Dans un petit appartement du premier étage d’un édifice du secteur Fatima, Huguette Tanguay se berce en racontant avec calme et émotion son hallucinant récit de survie.

Entourée de ses sœurs Ghislaine et Pauline, la dame de 82 ans aux cheveux blancs et au sourire attachant décrit comment elle a côtoyé la mort dans la nuit du 6 juillet, elle qui habitait un jumelé du boulevard des Vétérans, juste derrière la rangée de commerces qui ont été réduits en cendres.

Sa résidence y est passée. Tout est parti en fumée. Évaporé. Ses voisins, notamment les Picard, Boulanger et Paquet y ont aussi laissé leur vie.

La coquette dame, elle, a non seulement évité le pire, mais elle a sauvé d’une mort certaine une amie, Marcelle, qui l’a suivie dans sa course folle à travers les ténèbres.

En apercevant le feu qui se propageait autour et dans sa résidence, Huguette Tanguay est sortie de chez elle en jaquette et en pantoufles, sans lunettes ni dentier, se retrouvant au cœur d’un dense nuage de fumée noire et toxique. Elle ne pouvait plus respirer. Elle aurait pu paniquer, s’écraser au sol et attendre que le ciel vienne la chercher. Mais elle a décidé de vivre. Elle a insisté auprès de son amie, paniquée, immobile sur le trottoir, pour qu’elle la suive. Cette dernière était perdue, ne sachant plus à quel saint se vouer.

«On sort d’ici ou on meurt. On retient notre souffle et on court par en bas (vers le sud)», lui a-t-elle ordonné.

COMME LA LAVE D'UN VOLCAN

Huguette et Marcelle sont ainsi parties d’un pas rapide sous une chaleur intense et dans un vacarme infernal. Elles ont cessé de respirer plus d’une minute pour éviter la mort par asphyxie. Au bout du nuage de fumée, des pompiers médusés ont aperçu ces miraculées, se demandant d’où elles arrivaient. Ils n’en croyaient pas leurs yeux.

«Non seulement il ne fallait pas respirer, mais il fallait suivre un petit chemin de trois à quatre pieds de largeur qui était intact. De chaque côté de ce chemin, il y avait la coulée de pétrole enflammé. C’est comme si nous marchions à travers une coulée de lave de volcan. C’était terrible, monsieur.»

Huguette, recouverte de suie, a finalement pu gagner la terre ferme avant d’aller se réfugier chez ses sœurs inquiètes et désormais soulagées, sur la rue du Foyer, à Fatima.

APPEL D’UN FANTÔME

Pendant que Mme Tanguay luttait pour sa survie, des proches étaient à sa recherche dans tous les coins de la ville.

C’était le cas de son neveu Luc Quirion et de la fille de 18 ans de celui-ci, Catherine, qui ont ratissé le périmètre tantôt en voiture, tantôt à pied et tantôt à vélo. Puis, Luc a aperçu la maison de sa tante. Perte totale. Il ne restait que la cheminée. Résigné, il a téléphoné chez lui: «Priez pour tante Huguette, je crains qu’elle ne soit rendue en haut», a-t-il résumé.

Mais l’homme et sa fille s’accrochaient à un mince espoir. Ils ont roulé à vélo sous une pluie battante, s’arrêtant dans tous les lieux de ralliement où aurait pu être réfugiée la précieuse tante. Mais en vain.

Au même moment, vers 3 h du matin, soit près de deux heures après l’explosion, Huguette a décidé d’appeler chez son neveu sur les recommandations insistantes de ses sœurs.

«J’hésitais, car je ne voulais pas les déranger dans leur sommeil», dit-elle.

C’est Geneviève, sœur de Catherine, qui a reçu l’appel providentiel de sa marraine.

«Tante Huguette! Tante Huguette!» s’est écriée l’adolescente de 16 ans en gesticulant et en parcourant la maison en tous sens. Tu es vivante, tu es vivante!»

Plus d’une semaine après les événements, Geneviève est encore abasourdie. «Je croyais parler à un fantôme, dit-elle. J’étais surprise et soulagée. On a rapidement informé mon père et ma sœur. Quelle joie!»

UNE GRAND-MÈRE

Huguette Tanguay est un chêne dans la vie des Quirion. Pour Luc, elle a joué un rôle de mère, alors que pour les enfants, elle est davantage une grand-mère qu’une grand-tante.

La mère de Luc, Denise, est décédée en bas âge et c’est Huguette, sa sœur, qui a pris la relève.

«On l’appelle “matante”, mais c’est notre grand-mère, mentionne Catherine. On l’aime tellement. Elle a été calme et courageuse. C’est un exemple.»

Un exemple pour sa famille, certes, mais aussi un modèle de sang-froid épatant de la part d’une dame de cet âge pour tous les humains que nous sommes.

Bravo et longue vie, inspirante Huguette!

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