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Conditions gagnantes

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Brockville (Ontario) 1990, ça vous vous rappelle quelque chose? Et la vague d’indignation qui a balayé le Québec à la suite du scandale des commandites en 2005, vous vous en souvenez? Les stratèges du PQ, eux, s’en souviennent. Même qu’ils s’en ennuient.

Brockville (Ontario) 1990, ça vous vous rappelle quelque chose? Et la vague d’indignation qui a balayé le Québec à la suite du scandale des commandites en 2005, vous vous en souvenez? Les stratèges du PQ, eux, s’en souviennent. Même qu’ils s’en ennuient.

L’image d’anglophones hostiles s’essuyant les pieds sur le drapeau du Québec à Brockville en 1990 a conditionné notre perception des négociations sur l’accord du lac Meech – qui visait à amener le Québec à signer la Constitution canadienne rapatriée sans son accord en 1982.

LES DEUX SEULES FOIS...

L’échec de cet accord a ulcéré les Québécois. Pendant quelques mois, le niveau de soutien à l’indépendance a dépassé 50%.

L’autre fois – la seule autre fois – où cela s’est produit fut dans les mois suivant la révélation du scandale des commandites, en 2005. L’indignation des Québécois, que le fédéral semblait prendre pour des imbéciles, a propulsé l’indépendance au-delà du seuil de la majorité.

CRUAUTÉ DE L’HISTOIRE

Par une de ces cruautés de l’Histoire, le PQ était dans l’Opposi­tion à ces deux moments-là et il n’a pas pu harnacher la vague de mécontentement populaire.

Ces deux moments critiques de l’histoire récente nous enseignent ceci: les Québécois – même s’ils rechignent et rêvent à autre chose – s’accommodent assez bien de leur condition présente. Sauf lorsqu’ils deviennent persuadés qu’on les empêche de faire quelque chose qu’ils jugent important pour protéger leur culture et assurer leur avenir.

Alors, et alors seulement, ils se choquent et menacent de casser la baraque.

Dans le livre des stratèges péquis­tes, ces pointes de frustration et de colère indignée s’appellent des «conditions gagnan­tes.»

Ce qui nous amène directement à cette charte des valeurs québécoises qui fout la pagaille au Québec en ce moment.

Je ne crois pas une seconde que Pauline Marois ou Bernard Drainville sont racistes ou xénophobes.

Et ce ne sont pas des imbéciles non plus. Alors, ils ne peuvent pas croire qu’interdire le port de signes religieux par ceux qui tirent un salaire de l’État va régler quoi que ce soit – il n’y avait même pas de problème concret avant le dépôt de cette charte.

Je suis maintenant convaincu que le vrai but de cette opération – que personne ne réclamait il y a un mois – est de subir un échec.

ESPÉRER UN ÉCHEC ?

Pour le gouvernement, cette charte des valeurs québécoises vaut beaucoup plus cher morte que vive – maintenant qu’une proportion importante de la population semble convaincue qu’elle effacera tous les problèmes – sinon tous les immigrants les plus «dérangeants».

Le gouvernement sait très bien que les éléments les plus controversés de cette charte ne feront rien de tout cela.

Mais si la charte meurt au feuilleton, quelqu’un en sera blâmé et soumis à la vindicte popu­laire.

Peu importe que ce soit Ottawa, la Cour suprême, les libéraux de Couillard, les «foulards» qui manifestaient à Montréal hier, les péquistes-à-Boisclair qui s’y opposent, les commentateurs «bien-pensants» ou les «élites décrochées» qui ont «intériorisé le multiculturalisme» la dynamique sera la même.

Ce sera eux contre nous et le PQ sera le seul parti qui a le «courage» de «défendre les Québécois.»

Sans «ennemi» qui nous «menace», le projet du PQ ne décolle pas. Faute de crise en ce moment, le PQ en fabrique une.

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