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On est malades au Québec

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Photo Simon Clark

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On est vraiment malades au Québec. L’une des conclusions que je tire de l’actualité des derniers jours, c’est que de savoir si une infirmière pourra porter le voile islamique est plus important que de savoir si on a vraiment laissé mourir un père de famille de 34 ans à la porte d’une urgence.

On est vraiment malades au Québec. L’une des conclusions que je tire de l’actualité des derniers jours, c’est que de savoir si une infirmière pourra porter le voile islamique est plus important que de savoir si on a vraiment laissé mourir un père de famille de 34 ans à la porte d’une urgence.

L’histoire de Dominic Cantin n’est pas claire encore. Ce qu’on sait, c’est qu’il s’est présenté vers 21 h, lundi dernier, à l’hôpital Chauveau à Loretteville, avec un violent mal de tête. Le hic, c’est que l’urgence fermait à 22 h. On ne sait pas exactement pourquoi encore, mais le patient est retourné chez lui après avoir vu l’infirmière du triage.

De retour chez lui, il continuait de ressentir une énorme pression dans le crâne et il est mort pendant la nuit. Le reste de l’histoire, c’est le Bureau du coroner qui nous le racontera à la fin de son enquête.

Ce qu’on sait déjà par contre, c’est que le ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, n’a pas fait son travail comme du monde, cette semaine. Trop facile de se réfugier derrière la protection d’une enquête pour ne pas faire de commentaire public sur événement grave.

Politiciens déconnectés

Faut dire que le ministre n’avait pas vraiment le temps de nous rassurer sur l’histoire de Dominic Cantin. Le ministre de la Santé était trop occupé à essayer de nous expliquer comment le projet de charte des valeurs québécoises pourrait s’appliquer dans nos hôpitaux. Les stratèges en communication du gouvernement avaient décidé que le sujet médiatique de la semaine allait être le fameux projet de charte. Pas question de déroger du plan.

Non mais, ça va? Faut-tu être déconnecté?

Mercredi dernier, c’était le conseil des ministres au Parlement. Ce matin-là, l’histoire tragique de Dominic Cantin faisait la une des journaux et des bulletins de nouvelles télé et radio. Réjean Hébert et Pauline Marois auraient dû prendre les devants et aborder eux-mêmes la question devant les journalistes. Après tout, c’est à ça qu’ils servent, les élus.

Ce matin-là, le Parlement avait l’air d’une planète bien éloignée de la réalité.

En passant, les libéraux ne sont pas mieux. Les deux anciens ministres de la Santé que sont Philippe Couillard et Yves Bolduc n’ont pas cru bon non plus de faire une pause de l’hystérie collective que nous vivons autour du projet de charte. Le débat sur le port des signes religieux est un débat légitime et nécessaire. Mais quand ça occupe toute la place, c’est malsain et dangereux pour la démocratie.

Faux problème

Vous en avez vu souvent des membres du personnel hospitalier porter des signes religieux ostentatoires? Moi non.

Je ne sais pas comment va tourner cette histoire de projet de charte des valeurs, je ne sais pas si les médecins et le personnel infirmier pourront porter des turbans, des crucifix ou des voiles en 2023. Mais ce que je constate, c’est qu’une urgence qui ferme à 22 h, ça fait tiers monde pas à peu près.

Lundi soir dernier, Dominic Cantin aurait certainement accepté de recevoir des soins d’un urgentologue ou d’un chirurgien avec ou sans turban.

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