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Les aiguilles et l’opium

Magistral et fascinant

Marc Labrèche
Photo courtoisie Marc Labrèche est la vedette de cette nouvelle version de la pièce Les aiguilles et l’opium, de Robert Lepage.

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La nouvelle version de la pièce Les aiguilles et l’opium, qui lance la 43e saison du Théâtre du Trident, est dans une classe à part. L’œuvre est magistrale, fascinante et totalement hallucinante.

Le spectacle écrit et mis en scène par Robert Lepage a subi une transformation majeure.

La première mouture de 1991 était audacieuse, un peu brouillonne et inégale. La version 2.0, qui met en vedette Marc Labrèche et qui est présentée jusqu’au 18 octobre, au Grand Théâtre de Québec, frise la perfection.

Les créations de Robert Lepage évoluent au fil des présentations, mais cette nouvelle version surpasse l’originale.

Tous les éléments qui constituent l’alphabet «Lepagien» sont présents. L’audace, la magie, le ravissement, l’humour, la poésie, l’intelligence et une utilisation ingénieuse de la technologique.

On a l’impression de flotter en apesanteur tout au long des 105 minutes de la pièce. Les émotions ressenties sont fortes et puissantes.

Tour de force

Les aiguilles et l’opium raconte la peine d’amour de Robert, un Québécois qui se retrouve à Paris pour faire la narration d’un documentaire sur le passage du jazzman Miles Davis dans la capitale de la France, en 1949.

La douleur qui l’afflige grandit et devient puissante. Tout comme celle, vécu 40 ans plus tôt par le trompettiste américain qui vivait un amour impossible avec Juliette Gréco. De retour à New York, Davis sombre dans l’enfer de l’héroïne.

Les aiguilles et l’opium, c’est le destin croisé de deux individus qui souffrent sous le regard du poète Jean Cocteau, qui récite des extraits de Lettre aux Américains et Opium. Tout s’imbrique à la perfection avec une trame sonore qui appuie superbement les différents tableaux de la pièce.

Lepage et Labrèche, qui ont tenu le rôle de Robert, dans la première version, étaient à l’époque suspendus, tels des trapézistes, sur un câble et entourés d’ombres chinoises.

La version 2013 se déroule dans un cube en mouvement qui devient, par la magie des projections, une chambre d’hôtel, un studio d’enregistrement, New York, Paris et l’infini étoilé.

Labrèche et Wellesly Robertson III, qui joue Miles Davis, bougent et excellent dans un décor qui tourne et qui pivote. Un ballet aérien où l’on se demande, parfois, comment ils réussissent à se déplacer, sans faux pas, à l’intérieur du cube.

État second

La nouvelle mise en scène, qui profite d’une technologie améliorée, amène l’œuvre à un tout autre niveau. Difficile de ne pas être ébranlé, touché et soufflé par la puissance de l’œuvre.

La magie s’installe dès que Labrèche apparaît sur les planches dans la peau de Jean Cocteau. Des projections illuminent son corps avant qu’il s’envole dans la voûte céleste.

Les tableaux défilent. C’est beau et génial. La descente aux enfers de Miles Davis à New York est habilement présentée. Robert et Davis défient l’espace temps et se retrouvent dans la même chambre d’hôtel dans une séquence qui fait très David Lynch. Hallucinant!

Marc Labrèche offre une prestation incroyable. Il est très près du jeu de Lepage en début de spectacle, pour ensuite s’en éloigner et mettre sa touche, lorsqu’il raconte sa peine d’amour.

La pièce se termine. On quitte la salle dans un état second et avec la certitude d’avoir assisté à quelque chose de très grand.

On a envie de se procurer toute la discographie de Miles Davis, visionner le film Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle (dont on voit des images dans la pièce) et lire la prose de Cocteau. Un spectacle marquant et envoûtant.

- La pièce Les aiguilles et l’opium affiche complet jusqu’au 12 octobre. Des supplémentaires ont été ajoutées pour les 16, 17 et 18 octobre.

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