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Le grand risque

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Quand le ministre Bernard Drainville a divulgué les grandes orientations du gouvernement dans le dossier du projet de charte des valeurs québécoises, il a lancé des propositions qui, de son propre aveu, avaient pour objectif de définir des règles claires pour tout le monde et favoriser l’intégration et la cohésion sociale.

Quand le ministre Bernard Drainville a divulgué les grandes orientations du gouvernement dans le dossier du projet de charte des valeurs québécoises, il a lancé des propositions qui, de son propre aveu, avaient pour objectif de définir des règles claires pour tout le monde et favoriser l’intégration et la cohésion sociale.

Oup-e-laille!

Selon les derniers coups de sonde, les Québécois sont divisés presque à 50-50 sur ce projet, et les troupes souverainistes le sont tout autant.

La stratégie du Parti québécois est certes discutable, mais en parfaite ligne avec une gouvernance erratique en accéléré depuis un an, où se sont succédé les reculs, les erreurs et les nominations partisanes; bref, tout ce que le PQ détestait de ses adversaires libéraux 18 mois avant.

Donc, pas de fla fla avec madame Marois, il faut ce qu’il faut: imposer ses vues dans l’appareil gouvernemental et maîtriser le message dans les médias en préparation du rendez-vous électoral.

Sorties fracassantes

La politique du «crois ou meurs» ne semble pas avoir de limites pour l’ambitieuse première ministre, qui s’occupe à museler les opinions divergentes autour d’elle. À ce propos, les récentes sorties fracassantes des dirigeants du Conseil du statut de la femme et du Comité sur les affaires religieuses n’ont rien pour rassurer quiconque espère un discours libre et constructif, ou même un pays éventuellement.

Non seulement les péquistes viennent de renoncer à essayer de séduire les minorités qui vivent au Québec en évacuant le discours d’ouverture, de tolérance et de liberté jadis cher aux ténors du parti, ils suscitent aussi la grogne chez les plus grands défenseurs de l’option, irrités par tant d’intolérance et d’incompréhension, surtout depuis l’expulsion malhabile de Maria Mourani.

Faute de stratégie à long terme, le PQ a donc choisi de mettre le feu aux poudres avec son projet de charte. Souhaite-t-il ainsi faire diversion et occulter les vrais problèmes qui, avouons-le, sont nombreux? Croit-il qu’en misant essentiellement sur la carte identitaire, il pourra enfin obtenir sa majorité? Si oui, il risque gros et semble agir comme s’il n’avait plus rien à perdre.

Appui limité

Pourtant, le Parti québécois n’a plus le monopole du projet national et refuse de le reconnaître. Il blâme les autres partis souverainistes de le priver des votes dont il a besoin pour sa majorité. Mais comme il est au pouvoir, c’est à lui que revient de faire la preuve de sa compétence. La montée de Québec solidaire devrait être considérablement préoccupante pour le PQ.

Surtout que le temps joue contre la première dame, car l’appui limité au projet de charte dans les sondages d’opinion risque d’être rapidement occulté par le bilan économique désastreux du gouvernement péquiste. Les partis de l’opposition ne manqueraient pas de le lui remettre sur le nez si elle osait déclencher un scrutin cet automne.

Dire que Bernard Drainville déclarait au Devoir, en janvier 2012: «S’il continue de s’enliser, le PQ pourrait disparaître.»

Il voyait peut être plus juste qu’on le pense finalement.

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