/news/politics
Navigation

Hors de l’écran radar

bloc brassard

Coup d'oeil sur cet article

Pendant qu’on assiste à un débat plutôt musclé sur et autour de la Charte des valeurs québécoises, les questions économiques et les problèmes d’embonpoint morbide de l’État-providence sont totalement sortis de l’écran-radar.

Pendant qu’on assiste à un débat plutôt musclé sur et autour de la charte des valeurs québécoises, les questions économiques et les problèmes d’embonpoint morbide de l’État-providence sont totalement sortis de l’écran radar.

Qui, en effet, se soucie que le déficit zéro ne soit pas atteint? Qui se préoccupe de la faible création d’emploi au Québec? Qui s’angoisse de la pesanteur insupportable de notre fiscalité? Qui s’inquiète des obstacles qui entravent le développement économique? Pas grand monde en vérité!

Par les temps qui courent, tous les chroniqueurs, scribes et plumitifs n’en finissent pas de gloser sur la charte; tous les partis politiques s’étripent joyeusement sur le port du voile; tous les intellos s’échauffent les neurones à propos du vivre-ensemble.

Tout le monde? Pas tout à fait. Il y a la CAQ qui fait un peu bande à part et qui vient de lancer les travaux d’un groupe de travail sur, devinez quoi, «la réduction du fardeau fiscal des familles». Voilà qui est tout à fait méritoire!

C’est là, convenons-en, une petite percée de soleil dans le ciel lourd et sombre de la fiscalité québécoise.

Le contribuable du Québec est, c’est un fait avéré, le plus lourdement taxé et imposé d’Amérique du Nord. Et qu’un parti politique (deux, ce serait encore mieux) s’engage à réduire le fardeau qui l’écrase se doit d’être souligné.

Si la CAQ mène à bien cette réflexion, elle devra se démarquer lors des prochaines élections et rompre avec le vieil automatisme et les anciennes pratiques incrustés dans toute la classe politique depuis pratiquement les origines de la démocratie et qui la contraignent à toujours promettre de nouvelles dépenses, peu importe l’endettement massif et les déficits astronomiques.

Suicidaire?

Rompre avec cet atavisme ne serait-il pas une stratégie suicidaire? La tentation est forte de répondre à cette question par l’affirmative. Car les leaders des partis et leurs éminences grises vont sûrement considérer que l’électeur moyen serait tout à fait désarçonné s’il fallait qu’on lui annonce que, désormais, il est nécessaire de baisser les dépenses ET d’alléger le fardeau fiscal.

En fait, la classe politique répugne à croire en l’aptitude de l’électorat à entendre un discours de rigueur.

«Leur objectif principal, écrit Pierre–Antoine

Delhommais dans Le Point, étant d’être élus ou réélus, les dirigeants d’un pays démocratique ont une propension naturelle à augmenter les dépenses publiques pour séduire, gagner le pouvoir et s’y maintenir. De préférence en les finançant par l’emprunt, puisque les générations futures, à qui incombera la tâche de les rembourser, elles, ne votent pas.»

Il s’agit là de la théorie du Public Choice telle qu’élaborée par l’économiste américain James Buchanan. Et c’est en quelque sorte le principal effet pervers de la démocratie sur le fonctionnement de l’État.

Il faut donc une forte dose de courage politique pour briser le cercle vicieux d’une fiscalité débridée et la spirale de l’endettement frénétique.

La CAQ, prudente, commence par le beau côté des choses: réduire le fardeau fiscal des familles de la classe moyenne. Mais la Coalition ne peut ignorer que la baisse des impôts doit absolument être couplée à un vigoureux effort de réduction de la taille de l’État-Nounou. Sinon, c’est de la poudre aux yeux et du banal racolage électoraliste.

Si, donc, lors des prochaines élections, au moins un parti osait s’engager dans cette voie, on pourrait voir, par les résultats, si l’électorat est apte à recevoir un tel message ou si, au contraire, c’est un troupeau d’autruches résolument hostiles à la vérité. La CAQ ira-t-elle jusqu’au bout?

Commentaires