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Je m’étais promis de ne pas en parler ...

Je m’étais promis de ne pas en parler ...
illustration christine lemus

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Et moi qui m’étais promis de ne jamais aborder le sujet de la charte. Ce foutu sujet qui divise mes collègues, mes amis, ma famille, mes voisins. Non seulement vous n’avez pas besoin d’une chronique de plus sur le sujet, mais je vous assure que je n’y amènerais rien de nouveau non plus.

Et moi qui m’étais promis de ne jamais aborder le sujet de la charte. Ce foutu sujet qui divise mes collègues, mes amis, ma famille, mes voisins. Non seulement vous n’avez pas besoin d’une chronique de plus sur le sujet, mais je vous assure que je n’y amènerais rien de nouveau non plus.

Et bien je vais faire pire, je vais aborder le délicat sujet des femmes voilées. (À moi-même: je peux pas croire! Vas-tu un jour apprendre à fermer ta yeule, Lizotte?)

Je porte un regard très sévère sur le voile. Mais j’étais bien pire avant...

Avant...

Lorsque je regardais les femmes voilées le regard rempli de préjugés, comme si c’était un geste contre moi, contre toutes les femmes de la terre. Comme un symbole violent. Comme si elles le portaient pour me provoquer. Jeune, féministe, croyant tout savoir et tout comprendre de la vie, j’ai probablement jeté des regards condescendants à ces femmes qui ne m’avaient jamais rien fait.

Jusqu’à ce que, un été, comme emploi d’étudiante, j’ai été mandatée par une compagnie de marketing pour maquiller des gens dans une pharmacie de Montréal.

J’étais là, avec ma face de jeune de 24 ans qui sait «toute», à me traîner les pieds en attendant que des «madames» me demandent de leur parler de fond de teint et de mascara.

Et c’est à ce moment que j’ai rencontré deux dames, dans la quarantaine, voilées, qui ne parlaient ni français, ni anglais, et qui regardaient les étalages, un peu perdues. Elles se sont approchées de moi, ont montré du doigt mon maquillage en me parlant arabe, et en pointant leur visage. J’ai compris qu’elles voulaient que je les maquille.

J’ai pris mon pinceau. La femme a fermé les yeux. J’ai maquillé délicatement ses paupières. Elle s’est regardée dans le miroir. Elle a souri. Elle a regardé son amie, qui l’a trouvée belle. Elles ont pris une boîte, m’ont remerciée et sont parties au loin.

Une chose exceptionnelle

Je me souviendrai de ce moment toute ma vie.

De ma main qui appliquait de l’ombre à paupières sur cette femme qui venait probablement d’arriver au pays. Qui avait une douceur dans la voix et de la tendresse dans les yeux. Qui tenait la main de son amie comme si elle vivait quelque chose d’exceptionnel.

Et je me suis demandé à ce moment-là, mais comment, COMMENT, pour l’amour du Bon Dieu, j’avais pu entretenir en moi une telle condescendance, un tel mépris, une telle violence envers des femmes aussi touchantes qui ont une réalité à des années- lumière de la mienne? Comment ai-je pu entretenir de la colère envers des femmes, alors que, sous ces voiles, se trouvaient des mères, des épouses, des sœurs, des amies, des femmes comme celles que j’aime?

Comment comprendre...

Je ne sais trop comment vous expliquer, mais vivre une telle proximité avec une femme m’a reconnectée à mon humanité et m’a fait comprendre que je ne comprenais tout simplement pas ce qui pousse une femme à se voiler. Et que je ne connaîtrai probablement jamais non plus le traumatisme, la douleur et la souffrance d’avoir à quitter un pays, sa terre natale, même si c’est pour recommencer dans un endroit plus pacifique, plus paisible. Je ne comprendrai jamais ce sentiment de déracinement et d’avoir à faire le deuil d’une patrie, d’une culture, de sa famille.

Bien sûr que je souhaiterais vivre dans un monde où aucune femme n’est voilée. Bien sûr que je voudrais bien vivre dans une société égalitaire et laïque, étant moi-même une féministe athée.

Mais je peux vous assurer que ce n’est pas en les condamnant ou en les montrant du doigt comme un problème, un anachronisme, une abomination, qu’elles enlèveront leurs foutus voiles.

Quand on leur reproche d’être soumises à l’homme, utilisées par l’Islam, porteuses non seulement d’un voile religieux, mais aussi politique, ne sommes-nous pas en train, nous aussi, d’utiliser leur image et les préjugés à leurs égards, pour faire accepter une certaine charte de valeurs?

Finalement, la femme voilée sert à tout le monde, sauf à elle-même.

 

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