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De moins en moins amis

Gilles Parent

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La première fois que je t’ai rencontrée, ce sont des amis qui m’avaient parlé de toi. J’ai d’abord eu de gros doutes sur ta pertinence et ton importance, malgré tout le bien qu’on me disait de toi. Je ne comprenais pas du tout le buzz te concernant. C’était en 2008. Puis, je suis tombé sous ton charme, comme le sont tes mille millions «d’amis» à travers le monde.

La première fois que je t’ai rencontrée, ce sont des amis qui m’avaient parlé de toi. J’ai d’abord eu de gros doutes sur ta pertinence et ton importance, malgré tout le bien qu’on me disait de toi. Je ne comprenais pas du tout le buzz te concernant. C’était en 2008. Puis, je suis tombé sous ton charme, comme le sont tes mille millions «d’amis» à travers le monde.

Chère Facebook, il y a d’abord eu l’effet de mode: puisque tout le monde y était, il fallait s’y inscrire. Tiens, cela me rappelle la ritournelle de Télémédia quand j’ai commencé à la radio: «Tout le monde le fait, fais-le donc!» Je me suis donc joint au troupeau et je t’ai liké.

Reconnaissons que c’est une belle idée: trouver ses amis et, qui sait, s’en faire de nouveaux. Un terrain de jeu à l’échelle planétaire, en constante évolution, visuellement attrayant et dynamique. Parfois même, un défouloir, un peu comme la cour de récré de notre enfance.

Mesurer notre impact

Facebook offre de mesurer notre impact auprès de nos pairs. Regarder, être regardé, suivre, être suivi, aimer et être aimé. Simple comme un clic.

Mais depuis quelques mois, j’ai remarqué que, finalement, je naviguais moins sur Facebook. Pourquoi donc? Qu’est-il arrivé à mon petit plaisir coupable? J’ai décelé quelques éléments de réponse.

Si j’y vais moins, c’est nécessairement que je n’y trouve plus ce que j’aimais. Suis-je tanné de jouer dans cette pièce de théâtre où l’on met en scène notre personnalité?

Ai-je réalisé que je n’ai plus autant besoin d’aligner mes amis comme des trophées sur le manteau de la cheminée? Au fond, je n’ai peut-être pas autant envie de me valoriser aux yeux des autres.

Quand je t’ai connue, rejeton de Mark Zuckerberg, tu ne t’étais pas encore aussi avancée sur le terrain de mon intimité. Au début, tu vendais ce que j’aimais. Aujourd’hui, tu vends ce que je fais et ce que je suis.

Pouvoir de séduction

Il y a aussi mon plus jeune de 11 ans, qui a récemment voulu créer son propre compte. J’ai dû réfléchir à ce que tu pourrais lui apporter et j’en suis venu à la conclusion qu’à son âge, te fréquenter serait prématuré. Outre le fait que l’âge minimal légal est de 13 ans, je pense aux contenus souvent inadaptés pour lui, aux rencontres inopportunes, à l’utilisation discutable des données affichées et à l’orthographe malmenée.

Facebook a un pouvoir étonnant de séduction, entre autres chez nos ados qui y consacrent trois heures par jour. Des utilisateurs qui s’exhibent pour... se plaire, au fond. Ils passent leur temps à vérifier qu’ils sont vus, à l’espérer même, sans jamais vraiment réaliser à quel point leur vie privée est exposée publiquement.

À la fin, je crois qu’il vaut mieux être entouré par peu de gens qui nous aiment que par beaucoup qui nous le font croire.

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