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Les Québécois et la guerre

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Hier, c’était le jour du Souvenir. Comme chaque année, les politiciens portaient le coquelicot. Comme chaque année, on écoute avec respect ceux qui évoquent les morts glorieux et les morts anonymes. On chante le courage de ceux qui se sont sacrifiés pour leur pays. Mais au Québec, un étrange malaise transparaît dans ce discours. Comme si nous avions un rapport trouble avec la guerre.

Hier, c’était le jour du Souvenir. Comme chaque année, les politiciens portaient le coquelicot. Comme chaque année, on écoute avec respect ceux qui évoquent les morts glorieux et les morts anonymes. On chante le courage de ceux qui se sont sacrifiés pour leur pays. Mais au Québec, un étrange malaise transparaît dans ce discours. Comme si nous avions un rapport trouble avec la guerre.

Trop souvent, les Québécois ne sont pas seulement contre telle ou telle guerre. Ils sont contre la guerre en soi. Comme si elle était systématiquement injustifiable. C’est le fait de l’histoire. La guerre, on nous a bien souvent forcés à la faire. Quand on pense vingtième siècle militaire, on pense d’abord, à tort ou à raison, à la conscription. C’est-à-dire qu’on nous a obligés à prendre l’uniforme, alors qu’on voulait se tenir à l’écart de ce qu’on appelait les vieux pays.

On le voit par exemple avec la Seconde Guerre mondiale. Elle a deux visages contrastés dans notre mémoire collective. Il s’agit d’abord de la lutte absolument nécessaire à mener contre Hitler et le nazisme. Qui pense encore qu’il aurait mieux valu ne pas s’en mêler? Mais nous continuons pourtant d’y voir aussi l’imposition de la conscription aux Canadiens français. En oubliant que cette fois, nous étions dans le tort.

L’INDÉPENDANCE SANS RESPONSABILITÉS

Chose certaine, nous n’avons jamais apprivoisé la chose militaire. Normal: ce sont les peuples indépendants qui participent au monde en leur propre nom. Cette tournure d’esprit est paradoxalement visible chez les souverainistes. Plusieurs ont longtemps rêvé d’un pays sans armée. Ils s’imaginent un Québec libre sans avions, sans navires et sans blindés. En gros, ils veulent l’indépendance, mais ne veulent pas des responsabilités qui viennent avec.

On me dira: n’est-ce pas normal? La guerre est horrible. Les hommes y perdent la vie, s’y mutilent, s’y amputent. Mais si la guerre est toujours horrible, certaines sont justes, et d’autres ne le sont pas. Contrairement à ce qu’on pense, le pacifisme, c’est-à-dire la défense de la paix coûte que coûte, n’est pas une vertu. Devant celui qui veut vous écraser, le pacifisme, en fait, est une lâcheté. Le refus de se battre masque souvent le désir de se soumettre ou de rester couché.

HÉROÏSME, DÉVOUEMENT, FRATERNITÉ

J’en rajoute: si la guerre est horrible, elle est aussi le théâtre des plus grandes vertus humaines: l’héroïsme, le dévouement, la fraternité. Et cela, plus encore dans un monde qui a déshumanisé la guerre. Auparavant, il fallait viser un homme pour le tuer. La mitrailleuse fauchait par une balle anonyme tirée au hasard d’une rafale. La mort devenait anonyme. Maintenant qu’elle se mène par drones et missiles tirés à grande distance, elle s’est déshumanisée comme jamais.

En 2014, nous commémorerons les cent ans de la Première Guerre mondiale. Et les soixante-dix ans du débarquement de Normandie. Ce sera l’occasion de réfléchir aux idéaux qui méritent les plus grands sacrifices.

 

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