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Quand on arrête de s’aimer

À l’ère de Facebook, Twitter et compagnie, nous vivons tous, à petite et grande échelle, nos drames les plus personnels en public.

Quand on arrête de s’aimer
Illustration Christine Lemus

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J’ai eu de la chance, beaucoup de chance d’avoir commencé mon entrée dans la vie publique à la fin de la vingtaine. Chanceuse d’être tombée célibataire au bon moment, avant d’avoir plus de visibilité et que les gens m’associent davantage à mon travail qu’à mon ex-petit-ami. Qu’on m’aime ou qu’on me déteste, j’aime mieux que ce soit pour qui je suis.

J’ai eu de la chance, beaucoup de chance d’avoir commencé mon entrée dans la vie publique à la fin de la vingtaine. Chanceuse d’être tombée célibataire au bon moment, avant d’avoir plus de visibilité et que les gens m’associent davantage à mon travail qu’à mon ex-petit-ami. Qu’on m’aime ou qu’on me déteste, j’aime mieux que ce soit pour qui je suis.

Quand on tombe amoureux, éperdument, notre réflexe est de vouloir en parler. Le dire. Le crier sur tous les toits. Tapez sur les nerfs du monde entier avec notre bonheur.

Je comprends ce qui nous pousse à faire ça. D’avoir hâte de changer notre statut Facebook. D’avoir hâte d’avoir des photos de couples sur Instagram. D’être une représentation de l’harmonie et de la passion.

Normal.

La vie n’est qu’une course à l’amour. Dès qu’on peut, on veut le trouver. Dès qu’il nous lâche, on repart à sa recherche.

Comment reprocher aux gens de vouloir afficher un peu de bonheur? À deux, tout est possible. Les enfants, la maison, le mariage, mais aussi d’autres choses, comme les affaires, la création, les projets, les voyages, les accomplissements, le dépassement.

Je viens d’une famille où on s’aime pour la vie. Je sens que c’est dans mon ADN. Traitez-moi de fleur bleue, de naïve, mais je suis convaincue d’une chose... Malgré les sites de rencontres, les amours jetables, les aventures d’un soir, les nombreux divorces, tous les gens autour de moi n’ont eu que deux ou trois grands amours dans leur vie. Pas 20. Pas 10. Un, deux ou trois, s’ils sont vraiment chanceux.

Qu’est-ce qui arrive alors, lorsqu’on est deux personnalités publiques et qu’on ne se contente pas de s’aimer dans sa cour, entre le patio et le cabanon, à l’abri des regards? Quand on prend le risque de s’aimer sur les tapis rouges, à l’écran et de faire des projets...

Quand tout s’écroule...

Un matin, alors que je me considérais encore comme inconnue du grand public, je me suis réveillée avec ma grosse face sur le cover du Échos Vedette. Ma vie venait à peine de s’écrouler, je n’avais même pas eu le temps de reprendre mon souffle.

Et on n’avait pas de famille. Pas d’enfant. Pas de projet commun. On n’était qu’un jeune couple. Et ce fut pénible.

Donc je ne peux même pas m’imaginer ce que ça peut être pour ceux qui avaient bâti leur vie entière autour de leur amour. Et que les gens s’approprient leur vie. En parlent. En discutent. Cruellement. Partout. Comme si parce que t’as eu le culot d’afficher ton bonheur, tu devras en payer le prix la journée où tout s’écroulera...

Je suis chanceuse d’avoir vite appris ma leçon. Mais je trouve dommage que, à l’avenir, lorsque je tomberai éperdument amoureuse, mon cœur n’ait plus le goût de le crier sur tous les toits. Que l’enthousiasme et la naïveté auront fait place à la peur. Et s’en suivra une éternelle partie de cache-cache.

Mais bon. Rien de mal à garder précieusement, pour soi, un amour sincère.

C’est peut-être ça, devenir une adulte. Prendre des décisions réfléchies, raisonnables. Perdre sa naïveté, sa spontanéité de petite fille fleur bleue...

Il serait dommage que tous fassent comme moi, et qu’on n’assiste plus à des scènes de gens qui souhaitent nous partager leur amour, de peur que celui-ci, la journée qu’il prendra fin, se fasse piler dessus, par n’importe qui...

Ce qui m’agace, c’est cette manie de parler des ruptures comme un échec plutôt qu’un passage. Cette manie de rappeler aux gens qu’un couple sur deux divorce, plutôt que de penser qu’un couple sur deux survit et dure.

L’amour public

Je vous assure que si mes parents, qui sont ensemble depuis 30 ans, qui ont eu trois enfants, qui ont bâti une vie, un commerce, qui ont accumulé les expériences et les projets, s’ils devaient, du jour au lendemain, se séparer, eh bien, leur vie n’aura pas été un échec. Leur amour aura bel et bien existé et qu’il prenne fin ne sera qu’une épreuve dans leur vie, sans enlever rien à la beauté de leur amour passé.

Et c’est de ça qu’il faut se rappeler.

J’aimerais bien dire qu’au moins eux, ils seraient épargnés de l’exposition de leur malheur... Mais, à l’ère de Facebook, Twitter et compagnie, nous vivons tous, à petite et grande échelle, nos drames les plus personnels en public.

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