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Vaches sacrées aux alumineries

Les vaches sacrées aux alumineries : combien ça coûte?

Croyez-moi, monsieur Parizeau, le Québec n’a pas les moyens de faire d’aussi gros cadeaux

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Dans sa chronique du 11 novembre, parue dans Le Journal de Montréal, Jacques Parizeau croit qu’il faut céder au chantage des alumineries en diminuant encore leur tarif d’électricité, déjà très bas et très coûteux pour les Québécois.

Dans sa chronique du 11 novembre, parue dans Le Journal de Montréal, Jacques Parizeau croit qu’il faut céder au chantage des alumineries en diminuant encore leur tarif d’électricité, déjà très bas et très coûteux pour les Québécois.

Dans son plaidoyer, monsieur Parizeau omet de mentionner les autres onctueux cadeaux octroyés aux alumineries, comme les centaines de millions en prêts sans intérêt qui, dans les faits, sont des dons, et les longs congés fiscaux qui font qu’elles ne paient aucun impôt sur le revenu.

Monsieur Parizeau a raison: la Chine est un gros producteur d’aluminium qui comble ses propres besoins seulement. Les compagnies d’aluminium chinoises sont des sociétés d’État, mais pas Alcoa, ni Alcan. Quant aux Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, elles offrent de bas tarifs d’électricité, mais exigent la constitution de coentreprises avec les alumineries étrangères, dans lesquelles l’État est majoritaire : «Aluminium. Un mégaprojet de 7G$ pour Alcan en Arabie saoudite» (Le Journal, 1er mai 2007). Monsieur Parizeau, Québec deviendra-t-il actionnaire majoritaire des alumineries comme là-bas? Si oui, je change d’idée. L’aluminium d’ici est principalement exporté aux États-Unis.

Coûts de transport

Comme les coûts de transport du métal sont très élevés, il faut obligatoirement inclure cet élément si on implante une usine au Moyen-Orient.

Malheureusement, Monsieur Parizeau s’est limité à reprendre l’argumentaire idéologique des alumineries sans faire d’analyse quantitative. En 2009, Claude Garcia a affirmé que nourrir les alumineries coûtait 2,5 milliards par année, moment où elles payaient 4,2 cents le kilowattheure et qu’Hydro le payait six cents. Aujourd’hui, Hydro achète son électricité 10 cents le kilowattheure et les alumineries exigent un tarif inférieur à trois cents. Ça serait bien si vous étoffiez votre analyse en actualisant les données de Claude Garcia.

Et puis, monsieur Parizeau, vous savez bien que les alumineries consomment énormément d’électricité, tellement qu’en 2004, André Caillé, alors président d’Hydro-Québec, avait dit: «Les alumineries sont trop énergivores» (Le Journal de Montréal, 22 janvier 2004). Et, contrairement à vos prétentions, en 2002, «Hydro-Québec estimait peu rentables des projets d’alumineries» (Le Devoir, 24 janvier 2002). Si c’était peu rentable en 2002, c’est rendu dangereusement déficitaire en 2013, n’est-ce pas? Ah ben, en 2002, l’économiste Marcel Côté, anciennement chez Secor, puis candidat malheureux à la mairie de Montréal, avait mentionné dans son opinion publiée dans Les Affaires du 12 avril 2003 que «Hydro-Québec donne 480 000 $ par emploi par année à Alcoa». Vraiment intéressant. Monsieur Parizeau, pourriez-vous également mettre à jour les chiffres de Marcel Côté et nous dire combien coûtera annuellement en fonds publics chaque emploi maintenu dans les alumineries?

Québec n’a pas les moyens

Ça fait drôle de vous entendre plaider pour l’intervention du bien collectif qu’est Hydro-Québec, vous qui étiez, avec Bernard Landry et Jean-François Lisée, favorables à sa privatisation. Avec une Hydro-Québec privatisée, fort probablement à des étrangers, auriez-vous tenu aujourd’hui un tel discours? Hydro-Québec privée serait-elle venue au secours des alumineries? Croyez-moi, monsieur Parizeau, le Québec n’a pas les moyens de faire d’aussi gros cadeaux à des transnationales milliardaires pour si peu en retour. En termes de retombées économiques, il serait de loin préférable d’investir ces milliards dans nos services publics délabrés.

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