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Le « Far Web »

Je plaide pour le triomphe de l’humanisme sur le web

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Récemment, le Journal a publié les témoignages d’artistes et de jeunes qui ont été l’objet de critiques acerbes ou qui ont dû carrément faire face à des menaces réelles sur le web. Pour ma part, n’essayez pas de me contacter sur Facebook. Vous allez trouver des sites actifs à mon nom, mais sachez qu’aucun n’est réel. Certains, qui ne me veulent pas de bien, se sont amusés à m’inventer une vie et des faux amis.

Récemment, le Journal a publié les témoignages d’artistes et de jeunes qui ont été l’objet de critiques acerbes ou qui ont dû carrément faire face à des menaces réelles sur le web. Pour ma part, n’essayez pas de me contacter sur Facebook. Vous allez trouver des sites actifs à mon nom, mais sachez qu’aucun n’est réel. Certains, qui ne me veulent pas de bien, se sont amusés à m’inventer une vie et des faux amis.

J’ai l’impression que le web est devenu le Far West des temps modernes. Ce «Far Web» est décrit comme un vaste territoire aux frontières toujours plus éloignées, où il serait impossible de faire régner l’ordre, le civisme et le respect. Il est temps pourtant d’y remettre un peu de civilisation.

Durant ma carrière politique, j’ai reçu des menaces de mort, on a saccagé mon bureau et, une nuit, on a déposé un bidon d’essence sur mon perron. À l’époque, je n’ai pas eu peur. Je me sentais protégée, à la fois par mes gardes du corps et par les différents services policiers. Par contre, je ne me sens pas protégée par quiconque dans l’univers du «Far Web».

Impuissance

Comme en témoignent les victimes de cyberintimidation, on se sent impuissants devant ces attaques gratuites et violentes. On peut aussi penser au profond sentiment de désarroi des jeunes ciblés et ridiculisés par leurs pairs ou encore au déshonneur des professeurs durement évalués et rabaissés sur des pages Facebook improvisées.

Et on peut difficilement se défendre soi-même, comme le faisait le pionnier du Far West. Car tout le monde ne maîtrise pas les différents aspects du web. Les dinosaures comme moi sont nombreux! Il faut donc que l’État intervienne pour identifier les pratiques et baliser clairement ce qui est inacceptable. On ne peut pas s’en remettre à l’autoréglementation des entreprises privées, intermédiaires entre les générateurs et les consommateurs de contenu.

Le gouvernement fédéral a annoncé une loi pour mieux encadrer la cybercriminalité. Tant mieux! Mais nous ne sommes pas toujours dans la sphère du criminel. La cyberintimidation règne dans un univers flou. Or, quitte à passer pour une passéiste, je plaide pour le triomphe de l’humanisme sur le web.

Impossible? Pourtant, notre civilisation a réussi de façon audacieuse à se doter d’une Convention internationale sur le traitement des prisonniers de guerre. Cette convention évoque les usages établis entre les nations civilisées et dicte que le respect de la dignité de l’être humain doit toujours l’emporter. N’est-ce pas exactement les buts recherchés dans la lutte contre la cyberintimidation?

Courage

Soyons courageux. Faisons naître une convention internationale qui saura protéger efficacement la dignité et la vie privée dans le cyberespace. Certains diront que de telles conventions internationales ont des impacts très limités et sont peu respectées. Pourtant, elles sont des phares dans la nuit, un constant rappel que l’humanisme doit toujours nous guider.

Que nos plus éminents juristes spécialistes de la protection de la vie privée se mettent à la tâche. Bâtissons aussi des coalitions avec d’autres pays. Mais d’abord, mobilisons la société civile. Car il y a urgence à policer ce «Far Web».

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