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Un oiseau rare

Gilles Parent

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À 11 h 9, heure de France, le 12 novembre 2013, après 129 jours en tête à tête avec elle-même, Mylène Paquette devenait la première Nord-Américaine à traverser l’océan Atlantique Nord, à la rame, en solitaire.

À 11 h 9, heure de France, le 12 novembre 2013, après 129 jours en tête à tête avec elle-même, Mylène Paquette devenait la première Nord-Américaine à traverser l’océan Atlantique Nord, à la rame, en solitaire.

À la rame, batinse, à la R A M E.

J’en suis encore bouleversé. J’ai pu converser avec elle quelques fois alors qu’elle était au cœur de son périple. À chaque occasion, je me suis interrogé sur cette femme que je connais à peine mais qui m’épate.

Mylène a combattu la force de l’inertie que nous avons tous en nous. Ce n’est pas banal. Et elle savait, ô fort bien, avant de quitter Halifax, que son épopée était immensément dangereuse. À vrai dire, c’est comme si la navigatrice nous disait que dans notre monde actuel, il est beaucoup plus grisant de risquer sa vie que de subir ses aléas.

Pousée à la limite

La jeune femme a filé, seule dans sa chaloupe, secouée par des vagues de 10 mètres, et souvent attachée pour ne pas se blesser, poussée à la limite de ses capacités. Le corps meurtri d’avoir subi des conditions atroces et inhumaines en mer, et l’esprit mis à l’épreuve par des risques invraisemblables.

Sachez que notre Mylène nationale a précédé son épopée prodigieuse en signant, avant de prendre le large, toute la paperasse entourant son éventuelle, possible, voire probable, mort. La cérémonie, les mots et vidéos d’adieux. Tout le kit. Au cas où, tsé!

Je m’incline devant la force de cette femme de 35 ans. Elle n’est pas partie pour gagner une course, n’a pas mis sa vie en péril pour un trophée, une bourse ou une récompense. Aucun honneur de ce genre ne l’a motivée, ni même une avancée scientifique. Elle n’est partie que pour elle. Mylène a bravé le monstre marin, chavirant plus de dix fois, sans jamais même songer à lâcher prise.

Tous les obstacles colossaux qu’a rencontrés la navigatrice, elle les a transformés en défis à relever. Et elle partagera, plus tard, toutes ses folles aventures avec le public dans ses conférences.

Elle racontera que ce n’est pas tant la souffrance que le contact avec la réalité brute qui l’a fait grandir, l’a également fait confronter ses limites et ses imperfections.

Elle ajoutera sans doute que sur la mer, quand tu navigues, tu peux te permettre de penser que la lumière que tu vois, Christophe Colomb, Magellan et les autres découvreurs l’ont vue aussi. Et que tu n’as ça nulle part ailleurs. Joli.

Vie d’aventurière

Et je vous parie qu’elle n’échangerait pour rien au monde la rudesse de sa vie d’aventurière avec celle... euh... d’un animateur de radio par exemple!

Dans nos vies où l’on ne peut plus passer dix secondes seul avec soi-même, sans distraction, je trouve que le voyage de Mylène résonne fort.

Et je ne pourrai vraisemblablement plus jamais regarder ma chaloupe au camp de pêche de la même façon...

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