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Le Bye Bye ou la tyrannie médiatique

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C’est une habitude québécoise : écouter le Bye Bye et le critiquer. Je m’y plierai. Non pour savoir toutefois s’il était drôle ou ennuyant. Certains ont probablement ri. Personnellement, il m’a surtout fait bâiller même si le talent de plusieurs de ses artisans rayonnait.

C’est une habitude québécoise : écouter le Bye Bye et le critiquer. Je m’y plierai. Non pour savoir toutefois s’il était drôle ou ennuyant. Certains ont probablement ri. Personnellement, il m’a surtout fait bâiller même si le talent de plusieurs de ses artisans rayonnait.

Ce qui m’intéresse, c’est ce que dit le Bye Bye sur l’évolution de notre société.

On le note de plus en plus fréquemment: le Bye Bye est devenu une revue de l’année télévisuelle québécoise. Comme qui dirait, c’était le Bye Bye des «enfants de la télé». C’est un peu comme si la télévision devient autoréférentielle. Elle ne s’intéresse qu’à elle-même. Elle rit de ses gags ou de ses moments marquants. C’est l’autocélébration d’un petit milieu qui fonctionne à «l’inside joke».

TÉLÉ À TEMPS PLEIN

Quelqu’un n’ayant pas suivi la télévision à temps plein en 2013 pouvait-il y comprendre quelque chose? Je pense par exemple au gag sur 19-2. Et quelqu’un ne suivant pas les frasques ennuyantes à mourir de la petite exhibitionniste qu’est Miley Cirus? J’imagine dans bien des foyers une immense perplexité devant le petit écran.

Même lorsque les grands événements politiques de notre société étaient au rendez-vous, quelque chose manquait. Le duo Morissette-Cloutier manque malheureusement de subtilité et de profondeur lorsque vient le temps de parler de politique. Il se réfugie alors dans un cynisme grossier. On était loin de l’esprit de finesse et de la délicieuse cruauté d’un Jean-René Dufort dans Infoman.

CONSCIENCE COLLECTIVE

Avec ce Bye Bye, on a vu à quel point le système médiatique dominant prétend avaler la réalité et la soumettre à ses codes. Il se prend pour le centre du monde. La vie démocratique en paie le prix. Car quoi qu’on en pense, le propre d’une revue de fin d’année à la télévision, aussi drôle soit-elle, est de fixer certains événements dans la conscience collective.

On nous répondra peut-être que la télévision est la nouvelle culture commune. Vrai et faux. Elle représente, à bien des égards, une aliénation massive. C’est le pacte secret proposé par notre société: le travail sera aliénant, stressant, insécurisant, mais il suffira d’ouvrir la télévision pour décrocher mentalement jusqu’au lendemain matin. Triste société décervelée.

On nous répondra peut-être aussi que dans une société de plus en plus éclatée, rien n’est plus difficile que de trouver des repères communs. Vrai et faux. Il s’agit de prendre au sérieux la chose suivante: les choses politiques, au sens noble du terme, sont celles de tous. Même lorsqu’elles se présentent sous leur mauvais jour. Encore faut-il être capable de les identifier.

RECUL DE L’ESPRIT DÉMOCRATIQUE

La dissolution de la vie publique dans le divertissement télévisuel témoigne d’une régression de l’esprit démocratique.

J’ai souvent l’impression que plusieurs de nos concitoyens votent avec plus de passion pour les concurrents d’une téléréalité que pour les candidats lors d’une élection. Finalement, ce Bye Bye est symptomatique d’une société plus mal en point qu’elle ne le reconnaît.

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