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Toucher du bois

Gilles Parent

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Le 31 décembre dernier, avant que le douzième coup de minuit ne sonne, j’ai commis une lourde faute, au dire de ma voisine. Elle m’avait répété que je devais tous les prendre. Mais j’en ai échappé un.

Le 31 décembre dernier, avant que le douzième coup de minuit ne sonne, j’ai commis une lourde faute, au dire de ma voisine. Elle m’avait répété que je devais tous les prendre. Mais j’en ai échappé un.

Je n’ai mangé que onze raisins. Pas douze, mais bien onze. Et selon la croyance — répandue dans tous les pays hispanophones — quiconque manque à la tradition est condamné à une année d’infortune.

D’abord, dois-je croire à ces balivernes? Est-ce que mon côté rationnel devrait prendre le dessus sur ces croyances dont on ne peut aucunement vérifier la véracité?

Quoi que j’en pense, elles ont la couenne dure.

De fait, l’une des particularités de la superstition, nous disent les psychologues, c’est qu’elle existe depuis toujours, que ce soit à travers les objets dits sacrés ou les rituels qui sont censés influencer le destin. La superstition a traversé les âges, les cultures, et a touché toutes les classes sociales sans jamais faiblir, même si elle a essuyé de nombreuses attaques de toutes parts.

Mécanisme de défense

À vrai dire, la plupart d’entre nous adoptent des «comportements superstitieux» et non pas un mode de vie guidé par la pratique de la superstition, laquelle pratique serait plutôt liée, chez l’adepte, à des pouvoirs mythiques ou religieux.

Nous croyons que certains actes ou signes entraînent, de façon magique — une magie bien personnelle — des conséquences bonnes ou mauvaises. Chacun a ses manies à des degrés divers, allant du geste qu’il se sent obligé de faire ou d’éviter, aux mots à prononcer pour être protégé, ou bien à ceux qu’il est impératif de taire pour éviter le malheur.

À mon étonnement, le journal américain de psychologie suggère qu’au moment où l’on accomplit un rituel de superstition, on fait preuve d’une plus grande confiance en soi. Ce serait donc un réflexe tout à fait naturel visant la maîtrise de son destin.

Il y aurait, en conséquence, des bénéfices tangibles à ce qu’on a longtemps ridiculisé. Se dire: «Il n’arrivera pas ceci ou cela» devant un événement qu’on craint simplement parce qu’un acte répété a été fait, c’est une manière de s’en protéger. Les croyances tourmentées diminuent donc quand celui qui y adhère a l’impression que son rituel agit sur son destin. La superstition serait donc un mécanisme de défense devant l’incertitude. Maîtriser le hasard, empêcher le pire d’arriver en s’appuyant sur ce qu’on connaît et qui nous rassure, et pourquoi pas?

Parler à mon micro

L’inverse, c’est-à-dire croire qu’on peut tout expliquer, tout maîtriser, par la science ou la raison, me semble tout aussi utopique.

Perpétuer un rituel ou garder un objet fétiche n’est manifestement pas mauvais tant qu’on ne verse pas dans l’obsession. Cela nous permet d’établir une force intérieure et une énergie qui rendront nos actions plus efficaces. Cela expliquerait que dans le monde du sport, il y a abondamment de superstitions.

Inspiré du grand Patrick Roy, qui conversait avec ses poteaux des buts, je vais commencer dès lundi à parler moi aussi... à mon micro!

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