/opinion/columnists
Navigation

La France vue du Québec : changement de perception

Coup d'oeil sur cet article

Longtemps idéalisée par beaucoup de Québécois qui cherchaient à échapper à l’obscurantisme politique et religieux, la France est devenue, pour la génération montante, un « pays comme les autres ». Pour ceux qui ont travaillé à rapprocher les deux nations, force est d’admettre aujourd’hui que le changement de génération s’accompagne d’un changement de perception. De mère patrie qu’elle fut, la France est de plus en plus, pour reprendre l’expression de Fred Pellerin, la « mère partie ».

Longtemps idéalisée par beaucoup de Québécois qui cherchaient à échapper à l’obscurantisme politique et religieux, la France est devenue, pour la génération montante, un « pays comme les autres ». Pour ceux qui ont travaillé à rapprocher les deux nations, force est d’admettre aujourd’hui que le changement de génération s’accompagne d’un changement de perception. De mère patrie qu’elle fut, la France est de plus en plus, pour reprendre l’expression de Fred Pellerin, la « mère partie ».

C’est pour une part l’effet corollaire de notre succès, à nous, Québécois, qui sommes aujourd’hui décomplexés, instruits et créateurs devant ces Français, à qui on a souvent reproché d’être des donneurs de leçons.

Depuis la Révolution tranquille, la relation politico-culturelle entre la France et le Québec s’est étendue à tous les secteurs, notamment, à la sphère économique. Malgré ses difficultés actuelles, la France compte toujours parmi les puissances économiques mondiales − elle occupe le cinquième rang −, mais elle n’est plus enviée. Même si l’Hexagone détient l’un des meilleurs taux de productivité du monde − le troisième −, il est, pour toute une nouvelle génération d’entrepreneurs d’ici, un peu «ringard» dans ses méthodes et son fonctionnement, sa hiérarchie et ses convenances, entre deux «mouvements sociaux» et des congés qui n’en finissent plus.

C’est à se demander si ceux qui se disaient regardés de haut par les cousins d’outre-mer ne sont pas en train de rendre la pareille, par un curieux retournement de l’histoire.

AMÉRICANITÉ

La mondialisation économique est venue bousculer les appartenances et les entrepreneurs québécois se réclament d’une américanité et de mots-clés qu’ils n’associent pas au vieux pays, comme l’efficacité, la mobilité et les succès individuels. La France n’est pas devenue une terre étrangère ou hostile, mais une terre, point. Le jeune monde des affaires parle un langage plutôt qu’une langue. Pour lui, ce langage est le même à New York, Pékin ou Paris.

Ce changement de perception se fait sentir aussi chez les artistes. Si la France reste une référence, elle est diluée dans d’autres sources. Nos créateurs ne se voient pas en cousins exotiques, mais en partenaires dans un marché accueillant dans lequel plusieurs d’entre eux obtiennent énormément de succès.

RELATION ÉGALITAIRE

Oublier nos origines communes, se percevoir d’abord et avant tout d’Europe ou d’Amérique, est une chose, transformer notre perception les uns des autres est sûrement salutaire pour nous retrouver Français et Québécois dans une relation vraiment égalitaire, mais nous ne pouvons méconnaître, entrepreneurs, travailleurs, artistes, universitaires, scientifiques, que nous partageons la même langue et que notre avenir, à cet égard est lié. Car la langue unique, l’anglais, partout, tout le temps, sur toutes les tribunes, infère la pensée unique. Or, pour sortir des multiples crises qui nous affectent, il faut penser et agir autrement. Dans toutes les langues, y compris le français que nous avons le devoir conjoint de maintenir parmi les 10 grandes langues internationales. Voilà ce qui devrait raffermir la nécessaire alliance franco-québécoise.

Au cours des prochains mois, je rendrai compte de ces réalités depuis Paris où je travaillerai jusqu’en juin.

 
Commentaires