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Crime | Alcool au volant

Une mère de victime plongée dans un enfer judiciaire

Mélanie Fluet
Photo le Journal de Montréal, Simon Bousquet Mélanie Fluet a aménagé un sanctuaire contenant les cendres et des objets de sa fille décédée à la suite d’un accident, il y a trois ans.

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Déjà éprouvée par le décès de sa fille tuée par un conducteur ivre, une mère de famille affronte seule les obstacles des systèmes de justice et de santé depuis trois ans. Elle dénonce le manque de soutien.

«Depuis trois ans, personne n’a pris le temps de m’écouter. Je me sens prise entre deux immenses systèmes», explique Mélanie Fluet.

Le cauchemar de la dame a commencé le 12décembre 2010, alors que sa fille Stéphanie Fluet revenait d’une fête avec trois de ses amies.

Soudainement, un véhicule venant en sens inverse a dévié de sa trajectoire pour happer de plein fouet la voiture dans laquelle Stéphanie se trouvait. Le conducteur du véhicule fautif, Michaël Martin, était en état d’ébriété.

«Il a causé le désarroi dans la vie de bien des gens: moi, j’ai connu la dépression. L’amie de ma fille, qui conduisait la voiture, va se sentir coupable toute sa vie, même si ce n’est pas de sa faute», explique Mme Fluet.

Par miracle, personne n’est mort dans l’accident et seule Stéphanie a été blessée sérieusement. À son arrivée à l’hôpital, sa mère a été soulagée d’apprendre qu’elle s’en tirerait avec un peu de physiothérapie.

Mais un second choc était sur le point de survenir: l’état de la jeune femme de 18 ans s’est détérioré et elle a été transférée aux soins intensifs, sans plus d’explications. Au bout de quelques heures, un médecin a annoncé à Mme Fluet que sa fille était condamnée à mourir. Deux crises cardiaques plus tard, Mme Fluet a accepté que les médecins cessent les manœuvres de réanimation.

Mme Fluet a par la suite dû assister à l’éprouvant processus judiciaire qu’elle décrit comme un véritable cirque.

Le « show » de la justice

«Il faut attendre longtemps, mais pour nous, en tant que victime, tout se passe très rapidement. Tu rencontres la procureure pendant 30 secondes, ensuite tu dois te lancer devant le juge. Là, tu exploses d’émotions et on te considère comme si tu donnais un show. Pourtant, c’est nous, les victimes, qui souffrons et attendons», assure-t-elle.

La série d’événements difficiles ne s’arrête pas là pour Mme Fluet. Même si le conducteur ivre a plaidé coupable à deux reprises, il n’a toujours pas été condamné, car les problèmes de santé du juge ont forcé le transfert du dossier à un autre magistrat.

Entre-temps, l’homme a été arrêté de nouveau pour ivresse au volant.

Comme si ce n’était pas assez, deux ans après la mort de sa fille, le rapport du coroner venait en rajouter: Stéphanie aurait pu être sauvée sans la mésinterprétation de certains tests, le manque de matériel et le retard pris par les médecins pour demander des analyses de laboratoire qui se sont avérées «critiques».

«On se révolte contre le conducteur pendant des années pour ensuite apprendre que ce n’est pas lui qui a causé la mort de ta fille: c’est le système de santé», raconte la mère qui se prépare à mener un autre combat, cette fois contre le système médical.

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