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Santé

La bible de la psychiatrie prise à partie

LA BIBLE DE LA PSYCHIATRIE
Illustration fotolia

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«N’achetez pas le nouveau DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la Bible de la psychiatrie), ne l’utilisez pas et ne l’enseignez pas.» Telles sont les paroles du Dr Allen Frances, président du groupe de travail du DSM-IV, publié 14 ans auparavant, lors d’une conférence au département de psychiatrie de l’Université de Montréal en septembre dernier. Selon lui, la nouvelle bible de la psychiatrie est plus nuisible que bénéfique.

«N’achetez pas le nouveau DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la Bible de la psychiatrie), ne l’utilisez pas et ne l’enseignez pas.» Telles sont les paroles du Dr Allen Frances, président du groupe de travail du DSM-IV, publié 14 ans auparavant, lors d’une conférence au département de psychiatrie de l’Université de Montréal en septembre dernier. Selon lui, la nouvelle bible de la psychiatrie est plus nuisible que bénéfique.

Je suis pleinement d’accord avec lui. Lors d’une émission de radio, j’ai résumé la situation par la phrase suivante: «Tous sont appelés et tous sont élus; c’est une épidémie de maladies mentales».

Chaque personne qui lira le DSM-V est certaine de se trouver au moins une «bibitte». Où cela finira-t-il?

Dans ce volume, on retrouve la description de quelque 300 troubles mentaux. On déclare problématique des comportements normaux et on médicalise certains problèmes de la vie quotidienne.

L’ennui, la colère, le trop-plein de joie, l’inquiétude, la tristesse, etc., sont des émotions normales.

Il n’y a pas lieu de transformer des états d’âme et d’événements de la vie ordinaire en maladie mentale.

Voici quelques exemples de troubles que je trouve farfelus: la timidité, le deuil, le syndrome prémenstruel, l’apnée du sommeil, le trouble de l’emploi du tabac et le trouble du logement insalubre. Ce n’est pas parce que j’ai des fringales à l’occasion que je souffre de boulimie et ce n’est pas parce que j’oublie parfois où j’ai laissé mes clefs d’auto que je souffre de «Trouble cognitif mineur» et que je suis à risque de souffrir d’Alzheimer.

Trop, c’est trop.

L’exemple du stress post-traumatique

Prenons un exemple de modification d’un diagnostic avec les années, celui de l’état de stress post-traumatique.

Ce diagnostic a été créé au retour du Vietnam des soldats américains qui avaient vécu les horreurs de cette triste guerre. Il s’agissait donc d’avoir vécu un stress excessivement important et qui laissait des séquelles psychologiques à long terme.

Avec les années, la définition du stress post-traumatique est devenue plus large et s’applique à beaucoup de situations moins traumatisantes. On est loin des reliquats psychologiques de la guerre du Vietnam.

L’anxiété provoquée par le visionnement d’un film d’horreur peut-elle maintenant provoquer un état de stress post-traumatique si on se fie à la nouvelle définition? La présence sur les lieux d’un accident survenu à un parent qui est gravement blessé correspond-elle à la définition de l’état de stress post-traumatique? Tout cela peut aller très loin; espérons que nous n’en arriverons pas là.

Diagnostics exagérés

Avec des diagnostics parfois exagérés qui découlent de définitions floues, subjectives et sans grand recul scientifique ou clinique, on risque de se retrouver avec des batailles d’experts en cour, au niveau criminel ou pour des notions d’invalidité secondaire à des accidents de travail ou d’automobile, sans parler des frais juridiques et médicaux astronomiques en plus de la chronicisation de nombreux patients qui traverseront les dédales du système parfois pendant des années.

En conclusion, le Dr Frances n’est pas la seule autorité à se méfier de la nouvelle Bible de la psychiatrie.

Le National Institute of Mental Health américain réoriente ses priorités de recherche au-delà des catégories de maladies mentales telles que définies dans le DSM-V et la Société britannique des psychologues en fait autant.

J’espère que les psychiatres cliniciens québécois tiendront compte de ces avis lorsqu’ils évalueront leurs patients.

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