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Décrochage

Boxer vers la réussite

À 24 ans et avec deux enfants, Lydia se bat pour finir ses études

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Une jeune mère monoparentale au passé tumultueux qui a décroché du système à 15 ans reprend le contrôle de sa vie grâce à un programme intégré de boxe et d’études.

Une jeune mère monoparentale au passé tumultueux qui a décroché du système à 15 ans reprend le contrôle de sa vie grâce à un programme intégré de boxe et d’études.

Dans une salle de classe, située au-dessus du gymnase lumineux de l’école d’études intégrées d’Ali Nestor, une jeune femme de 24 ans, silhouette fine et délicate parmi la dizaine d’élèves, surtout des garçons, se penche avec sérieux sur ses cahiers. Montréalaise née d’une mère haïtienne et d’un père québécois, Lydia a un but en tête et rien ne l’en détournera. Elle veut enfin finir son secondaire en juin.

«Il ne me manque que 20 crédits. Ensuite, je poursuivrai, je veux être radiologue en médecine nucléaire, ou peut-être infirmière, parce que c’est moins long comme études. Avec les enfants, c’est plus dur d’étudier longtemps.»

Avec son doux visage, ses boucles luisantes et ses 100 lb, toute mouillée, on donnerait 18 ans tout au plus à la jeune mère de deux enfants de quatre et sept ans.

À 15 ans, pourtant, Lydia allait très mal. Seule la boxe, sa passion, l’aidait à juguler sa rage. Déprimée, en colère, elle a décroché de l’école en secondaire deux, juste avant de tomber enceinte, pas une mais deux fois, de son copain, un repris de justice. «Quand je suis entrée au secondaire, tout a déraillé, j’étais perdue.»

Un père au pénitencier

Déjà à la fin du primaire, elle se battait fréquemment avec les filles de son école de Notre-Dame-de-Grâce. «C’était la jalousie des filles, à l’école. J’ai même été arrêtée plusieurs fois, mais jamais traduite en justice. Je savais m’excuser à temps», explique Lydia avec son beau sourire, ajoutant plus gravement: «J’avais une telle colère en moi!»

Cette colère n’est sans doute pas étrangère au contexte familial trouble dans lequel baignait la jeune fille, entre un père repris de justice, «il était quand même au pénitencier», et une mère chorégraphe très occupée qui, recrutée par le Cirque du Soleil, a mis le cap sur Las Vegas alors que sa fille était encore très jeune.

«Je m’occupais beaucoup de ma petite-sœur, mais avec mon grand-frère c’était la bataille perpétuelle.» C’est à 15 ans qu’elle a rencontré un homme plus vieux qu’elle, dont elle est rapidement tombée enceinte. «Il faisait de la drogue, il était dans un milieu dangereux. Un jour, il est allé en prison.»

Pendant son absence, Lydia a pu reprendre sa vie en mains et retourner à l’école, non sans difficulté. «J’ai habité chez mon père jusqu’au jour où il a disparu, me laissant seule avec le loyer impayé…» Après la naissance de son premier fils, elle a fréquenté une école pour jeunes mères jusqu’à ce que son copain sorte de prison. «L’enfer a repris, j’ai encore lâché. Mais un jour, je me suis dit que je ne pouvais laisser mes enfants près de cet homme qui était dans le milieu de la drogue.»

Reprendre pied

De nouveau seule et très déprimée, Lydia s’est remise à la boxe, une discipline dans laquelle elle excelle. «Ça m’a aidée à me recentrer sur mes études. Mais c’est quand je suis entrée à l’académie d’Ali Nestor que j’ai vraiment repris pied.»

Depuis, Lydia s’impose une discipline de fer, entre entraînement intensif de boxe et études. «Je progresse beaucoup, y compris en boxe. Je vais d’ailleurs bientôt pouvoir combattre», déclare fièrement Lydia avec un sourire vainqueur.

Mais c’est surtout pour ses enfants que Lydia se bat afin d’améliorer son sort: «Je ne veux pas qu’ils aient l’exemple d’une mère assise chez elle à ne rien faire toute la journée. Alors je travaille fort.»

 

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