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Nœud du diable

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TORONTO | Le film Nœud du diable d’Atom Egoyan (Ararat, De beaux lendemains) s’appuie sur le cas judiciaire célèbre des Trois de West Memphis.

TORONTO | Le film Nœud du diable d’Atom Egoyan (Ararat, De beaux lendemains) s’appuie sur le cas judiciaire célèbre des Trois de West Memphis.

Si l’histoire est importante, le long-métrage, lui, ne l’est pas. Cette production américaine ne propose aucun éclairage nouveau sur les faits. Reese Witherspoon et Colin Firth y sont embourbés, avançant laborieusement dans ce récit dépourvu de charge émotive.

À vrai dire, le film ne mérite pas le prix d’entrée en salle. Mieux vaut visionner les quatre documentaires portant sur ce drame: Paradise Lost: The Child Murders at Robin Hood Hills, Paradise Lost 2: Revelations, Paradise Lost 3: Purgatory et le plus récent, West of Memphis.

Il ne faut pas chercher la faute du côté d’Atom Egoyan, dont la réalisation est pourtant très à propos. Elle incombe plutôt à l’adaptation que Paul Harris Boardman et Scott Derrickson ont faite du livre Devil’s Knot: The True Story of the West Memphis Three, de Mara Leveritt. Le scénario n’avance aucune nouvelle piste ni interprétation justifiant un film.

Meurtre satanique

En 1994, trois adolescents (Damian Echols, Jason Baldwin et Jessi Misskelley Jr) ont été condamnés pour le meurtre de trois garçons de huit ans durant un rituel satanique en mai 1993, à West Memphis, en Arkansas. Les corps des trois petites victimes avaient été retrouvés dénudés, mutilés et ligotés avec des lacets de chaussures. Baldwin et Misskelley avaient écopé d’une peine à perpétuité, tandis qu’Echols, lui, avait été condamné à la peine de mort.

Or, en 2007, 18 ans après leur emprisonnement, la défense a déposé un rapport qui ébranlait la preuve. Si l’ADN recueilli sur le lieu du crime appartenait bel et bien aux accusés et aux victimes, d’autres objets déposés n’avaient aucun lien avec eux. La défense a donc remis une seconde ordonnance, cette fois d’habeas corpus, selon laquelle on ne peut emprisonner sans jugement, c’est-à-dire sans jugement établi à partir de nouvelles preuves. En 2010, la défense et les procureurs ont conclu une entente devant la Cour suprême de l’Arkansas.

En 2011, tous trois ont été relâchés en vertu de la doctrine Alford, qui leur a permis de clamer leur innocence malgré leur culpabilité déjà reconnue. Le juge David Laser a finalement libéré les trois hommes avec 10 ans de sursis, étant donné qu’ils avaient déjà purgé 18 ans et 78 jours de leur peine derrière les barreaux.

Lacunes de la justice

Nœud du diable raconte l’affaire depuis le jour des meurtres sordides (sans montrer la violence). Le cas des «Trois de West Memphis» a déclenché les passions aux États-Unis. Il a mis en évidence l’incompétence de la police, les contraintes des témoins, le charisme de Misskelley, l’entêtement d’un juge à refuser aux accusés­­ la tenue d’un procès équitable et, surtout, les lacunes de la justice.

Même la mère de l’une des victimes, Pam Hobbs, s’est laissé convaincre de l’innocence des trois détenus et en est même venue à croire que les vrais coupables courraient toujours. C’est Reese Witherspoon qui l’incarne.

Colin Firth joue l’un des enquêteurs qui découvre les preuves à conviction, mais qui ont été ou bien ignorées par les policiers ou bien rejetées par le juge. Mireille Enos incarne l’arnaqueuse qui rétractera son témoignage, une pièce-clé du procès, avouant qu’il s’agissait de pure fabrication. Elias Koteas est un expert qui décrit les meurtres comme un rite satanique. Bruce Greenwood est le juge et James Hamrick livre un convaincant Echols, dont les sautes d’humeur permettent de le qualifier de bizarre.

Tourné dans l’État de la Géorgie, Nœud du diable se perd dans les détails de l’affaire, laborieusement. Des sauts dans le temps sont effectués en douce, sans qu’on s’y retrouve. Certaines prestations sont effacées, notamment celle de Colin Firth. Mais le point qui aurait dû être au cœur du film est l’indignation qu’a suscitée cette affaire et le déni de la justice de l’Arkansas à reconnaître son incompétence dans le dossier.

  • Nœud du diable (2/5)
Film d’Atom Egoyan. 
Avec Colin Firth, Reese Witherspoon et Mireille Enos.
 
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