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Définir le Québec

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Pour bien comprendre le débat entourant la charte des valeurs, il faut remonter jusqu’aux concepts de «multiculturalisme» et d’«interculturalisme». Le multiculturalisme repose sur l’égalité des cultures entre elles. Aucune culture ne domine et chacune a le droit de s’épanouir, dans son identité propre.

Pour bien comprendre le débat entourant la charte des valeurs, il faut remonter jusqu’aux concepts de «multiculturalisme» et d’«interculturalisme». Le multiculturalisme repose sur l’égalité des cultures entre elles. Aucune culture ne domine et chacune a le droit de s’épanouir, dans son identité propre.

Le multiculturalisme favorise le pluralisme et la diversité. Certains lui reprochent cependant de ne pas favoriser l’émergence de valeurs communes ni la cohésion sociale. C’est probablement la raison pour laquelle le Québec ne s’y est jamais vraiment identifié et a développé un concept distinct: l’interculturalisme.

Ce dernier concept, tel que compris au Québec, repose sur l’existence d’une culture principale ou dominante, soit la culture québécoise. Mais il s’agit ici d’une culture souche française, qui a été enrichie et modulée au cours du temps par de nombreux apports: autochtones, anglais, irlandais, écossais, américains, etc. Bref, la culture dominante, que postule l’interculturalisme, découle de l’addition et de l’osmose de cultures variées, y compris de celles des communautés ethnoculturelles.

La fusion de ces cultures donne toutefois naissance à un tout unique, auquel il est souhaitable que chaque citoyen adhère et s’identifie. C’est ce qui explique pourquoi, au Québec, l’intégration (et non l’assimilation) des membres des communautés ethnoculturelles en général, et celle des nouveaux arrivants en particulier, constitue un enjeu plus important et plus sensible que dans le reste du Canada.

COHÉSION ET INTÉGRATION

On ne saurait comprendre la popularité de la charte des valeurs auprès des Québécois francophones sans comprendre que, ce qui se profile derrière elle, c’est le souhait de ces derniers de voir les membres des communautés culturelles et les nouveaux immigrants participer à une culture collective singulière, voire à une culture distincte au nord de l’Amérique, une culture dont les sources sont plurielles, mais dont le caractère est unique.

En d’autres mots, la cohésion sociale et l’intégration de tous dans une culture globale ont, au Québec, une résonance beaucoup plus forte que dans le reste du Canada.

PROTECTION

Voilà pourquoi les Québécois font souvent des choix collectifs qui sont différents de ceux des autres Canadiens. Voilà aussi pourquoi le multiculturalisme ne sied pas au Québec. Bien que majoritaires au Québec, les francophones sont minoritaires dans l’ensemble canadien. Ils sont à la recherche de protections.

Ils sont prêts à s’ouvrir aux autres, pourvu que cela ne mène pas à leur propre perte. Malgré ce besoin légitime de protections, je crois que les Québécois ont tout intérêt, en 2014, à se définir comme une nation ouverte, tolérante, accueillante et sûre d’elle-même. Les réflexes de société assiégée n’ont plus leur place.

La nation québécoise, de nos jours, doit être civique plutôt qu’ethnique.

Elle doit appartenir à tous ceux qui vivent au Québec et qui contribuent à le bâtir, peu importe leur langue ou culture d’origine, leur race et leur religion. L’exclusion n’a jamais été profitable aux sociétés qui l’ont pratiquée.

La question que les Québécois doivent maintenant se poser est celle de savoir si la charte des valeurs répond à un objectif réel et urgent ou si, au contraire, elle risque inutilement de faire du Québec une société repliée sur elle-même, obtuse et par trop fermée.

 

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