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Itinérant | Funérailles

«Je veux papa» - Une des filles d’Alain Magloire

L’itinérant abattu par la police lundi dernier a été conduit à son dernier repos

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MAXIME DELAND/AGENCE QMI Des chandelles ont été déposées à l'endroit où Alain Magloire, une personne itinérante, a été abattu en pleine rue lundi par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le mardi 4 février 2014 en soirée. MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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«Je veux papa», implorait en pleurs l'un des enfants d'Alain Magloire devant sa dépouille. Dans l'intimité, parents, famille et amis sont rassemblés aujourd'hui au salon funéraire à Longueuil pour rendre un dernier hommage à cet homme abattu lundi par les policiers.

Dans son dernier repos aujourd'hui, Alain Magloire, les mains repliées sur son torse, semblait bien loin de l’homme en pleine crise, un marteau à la main, capté par les caméras en début de semaine.

«Je veux papa», implorait en pleurs l’une des deux fillettes d’Alain Magloire, 41 ans, devant sa dépouille. Dans l’intimité, famille et amis se sont rassemblés hier à Longueuil pour rendre un dernier hommage à ce sans-abri abattu par les policiers lundi.

À l’entrée du salon funéraire et tout près du cercueil, des collages faits par ses deux fillettes étaient exposés sur des chevalets.

Au-dessus, on pouvait voir des photos du défunt entourées de dessins enfantins. Certaines le montrent souriant en train de souffler les bougies d’un gâteau de fête, à la plage en costume de bain entouré de jouets ou encore au camp Papillon où il a déjà travaillé.

Comme ses deux petites filles, le père d’Alain Magloire, René Magloire, semblait désemparé devant cette mort brutale. En pleurs, l’ancien ministre de la Justice en Haïti a refusé de commenter l’enquête publique ordonnée par le coroner en chef du Québec sur la mort de son fils.

«Pas aujourd’hui», ont été ses seuls mots prononcés entre deux sanglots.

Juste avant d’être tué par les policiers, Alain Magloire a fracassé deux vitres de l’auberge où il dormait avec son marteau.

Quand les policiers sont arrivés sur les lieux, Alain Magloire était dans la rue, le marteau encore en mains. Il aurait refusé de coopérer. Un policier qui aurait eu peur pour la vie de sa collègue qui avait trébuché près de lui aurait tiré trois ou quatre coups qui l’auraient atteint au thorax.

PLUS LA MÊME PERSONNE

Si plusieurs dépeignent Alain Magloire comme un être dynamique, merveilleux et rassembleur, selon un ami et ancien collègue, Alain Magloire avait changé, s’était mis à fumer et n’était plus l’homme joyeux qu’il avait connu des années auparavant.

«Je l’ai rencontré au printemps dernier ici à Longueuil et il n’était plus l’homme joyeux qui racontait toujours des blagues que j’avais connu à l’université et au camp Papillon», raconte Carl Pinard.

Selon lui, Alain Magloire était atteint de schizophrénie.

«Quand il a commencé à être malade, il s’est fait traiter, mais après c’était difficile. Il était même résistant des amis qui voulaient l’aider», a-t-il déclaré les larmes aux yeux.

Nicolas Lepore, ami d’enfance d’Alain Magloire, en a eu des frissons quand il a appris la mort de son meilleur ami du secondaire à la radio. Il n’en revenait tout simplement pas d’apprendre que le gars rassembleur et brillant qu’il avait connu se soit retrouvé à la rue. Vingt-trois ans après l’avoir vu pour la dernière fois, il a décidé de venir lui rendre un dernier hommage.

«Il était un des meilleurs joueurs de basket-ball de l’école et figurait parmi les meilleurs élèves aussi. Quand on a fait le spectacle de fin de secondaire, les gens étaient debout quand ils le voyaient sur la scène», se rappelle-t-il.

Les deux hommes se sont rencontrés lors d’un camp organisé par le collège privé Mont-Saint-Louis quelques jours avant leur première journée d’école secondaire. Ils étaient assis sur le même banc, dans l’autobus. Ils ont vite tissé des liens avec deux autres amis et sont devenus un quatuor d’inséparables.

«Après le secondaire, on est resté en contact, puis nos chemins se sont divisés. Mais, je pense constamment au quatuor qu’on formait. On se dit qu’un jour on va se revoir, mais pas comme ça!»

«TROP TARD»

Si plusieurs ont célébré sa mémoire, autant de proches de la victime et de sa famille dénoncent le manque cruel de ressources pour les intervenants, comme les policiers, dans le genre de situation qui a coûté la vie à Alain Magloire.

Pour Tania Blanchette, cousine de la mère des enfants d’Alain Magloire, l’enquête publique ordonnée par le coroner en chef du Québec, Denis Marsolais, arrive trop tard.

«Il a fallu que quelqu’un meure pour avoir accès à tout ça», dénonce-t-elle.

Selon elle, les policiers auraient dû s’y prendre autrement.

«Je ne dis pas que le dialogue aurait peut-être réglé ça sur le coup, mais il y a d’autres moyens de tirer», avance-t-elle.

«J’étais révoltée : je me suis demandée pourquoi pas à ses jambes ou une partie du corps plutôt que le thorax », ajoute Marie Simeon, femme de Carl Pinard.

«Est-ce que les forces policières sont équipées pour faire face à ce genre de situations? Je ne penserais pas», déclare à son tour Fred Édouard Alexis, fils de Jacques-Édouard Alexis, ancien premier ministre d’Haïti pour qui René Magloire a travaillé comme ministre de la Justice. Pour ce fils d’ancien magistrat, une enquête publique est un pas dans la bonne direction pour discuter de santé mentale et d’intervention policière.

«Ce genre de cas, c’est le genre de cas qui est répété. Les gens sont dans la rue, ils ont des problèmes de santé mentale, il n’y a pas de ressources pour les aider et ce sont les policiers qui se ramassent avec cela. Je sais qu’il y a beaucoup de travail qui est fait à ce niveau-là, mais je crois que ce n’est pas assez.»

Pour Carlos Borges, ami du père de la victime, la mort d’Alain Magloire montre bien que la société n’est pas équipée pour faire face aux problèmes de santé mentale.

«C’est une bien triste histoire […] On s’en sort très bien avec les problèmes physiques, on va à l’urgence, mais quand il s’agit de santé mentale, c’est comme si on oubliait», dit-il.

M. Borges se dit pourtant encouragé par la volonté du maire de Montréal, Denis Coderre, de faire de la lutte à l’itinérance une priorité.

«Il faut arrêter de considérer ces cas-là comme des cas uniques. Ça représente beaucoup de souffrance au niveau de la société et comme disait René Lévesque, on va juger de la qualité d’une société par la manière dont on s’occupe des mal pris [les itinérants comme Alain Magloire] et ça ce sont des gens extrêmement mal pris», croit-il.

ce qu’ils ont dit
«
Je suis surpris parce que jamais je n’aurais pensé qu’il puisse être violent, mais [en même temps] il n’était plus la personne que j’avais connue. »
– Carl Pinard, ami
«
[L’en-
quête publique], c’est trop tard. Il faut toujours que ce soit un innocent qui paie pour pallier le manque de préparation de la justice. »
– Tania Blanchette, belle-cousine
«
Il a toujours été près de sa famille. [...] Il a décidé de laisser sa femme et ses enfants pour trouver de l’aide. Je trouve ça très difficile. »
– Fred Édouard Alexis, fils de l’ancien premier ministre d’Haïti, Jacques-Édouard Alexis
«
J’ai vu son nom, et, à côté, le mot itinérant. Dans ma tête, ça ne s’additionne pas! C’était un homme brillant. Tout ce qu’il entreprenait, il le réussissait. »
– Nicolas Lepore, ami d’enfance
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