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Coudonc, es-tu parent avec Pierre Karl?

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Tôt ou tard, on me pose deux questions. Autant y répondre dès le départ et en profiter pour illustrer des sujets que j’aborderai régulièrement ici.

Pierre Karl Péladeau et son père, Pierre Péladeau / Archives: Journal de Montréal Pierre Karl Péladeau et son père, Pierre Péladeau / Archives: Journal de Montréal
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Telles informations, telle réponse

Première question : serais-je parent avec Pierre Karl Péladeau?

La réponse varie selon les informations choisies.

Si on réfère aux photos de membres de nos familles respectives, on remarque de nets traits de ressemblance entre Pierre, le père de Pierre Karl, et certains de mes oncles paternels. Tout particulièrement mon oncle Armand, du visage comme de la taille.

Quant à moi, il faut remonter à la lointaine époque où j'avais des cheveux, foncés en plus, et pas de barbe. Alors, force est de constater des traits similaires entre Pierre Karl et moi.

Ainsi, ces ressemblances laisseraient conclure à une claire parenté génétique entre ces hommes partageant le même nom de famille.

Si on consulte plutôt nos arbres généalogiques (celui de Pierre Karl se retrouve en dizaines d’exemplaires sur le Web), on constate que nous partageons de mêmes ancêtres communs. C’est le cas de la majorité des Péladeau en Amériques.

Ainsi, les recoupements entre les informations de nos arbres généalogiques conduisent à conclure à une incontestable parenté de descendance.

Les arbres généalogiques sont produits à partir des déclarations de naissances et de mariages. De nos jours au Québec, c’est le Directeur de l’état civil qui produit et administre les actes de naissance, mariages et unions civiles. À l’époque d’un Québec moins laïque, ces rôles étaient surtout joués par les prêtres et autres ministres du culte.

Comme cela a été le cas pour vous, les informations inscrites sur les actes de naissance de Pierre Karl et moi ont, littéralement, créé de nouveaux citoyens québécois. Ces mêmes informations nous ont attribué des noms de famille et prénoms sous lesquels nous avons par la suite exercé nos vies civiles : inscription à l’école, à l’assurance-maladie, emplois, impôts, contrats, etc.

Notons que si nous avions reçu les noms de famille de nos mères – Chopin et Thinel respectivement – plutôt que ceux de nos pères, personne ne serait spontanément posé la question d’une possible parenté entre nous deux.

Les informations de nos actes de naissance nous ont aussi inscrits, chacun, dans des réseaux de droits et obligations entre parents. L’un des réseaux de parenté légale les plus serrés est celui « des aliments ». L'article 585 du Code civil du Québec affirme que seuls « les parents en ligne directe au premier degré se doivent des aliments. » Ou en d’autres mots : seuls les parents immédiats ont obligation d’assistance mutuelle pour répondre aux besoins vitaux. Ainsi, selon les informations de nos actes de naissance, il est aisé de conclure que Pierre Karl et moi n’avons aucune parenté légale de ce type.

À l’opposé, le réseau légal de parenté le plus lâche est celui de la succession au décès. En absence de testament et de proches parents, votre patrimoine peut être transmis en héritage jusqu’au huitième degré de parenté (voir tableau ci-après proposé par Éducaloi). S’il n’y aucun parent jusqu’à ce degré, c’est l’État qui hérite. Donc, selon les informations du registre d’état civil ou de nos arbres généalogiques, Pierre Karl et moi n’aurions aucune parenté légale, ni proche, ni éloignée. Mais ces mêmes informations révèlent que nous sommes chacun bien entourés. Suffisamment en tout cas pour que l’État n’hérite pas de nous, probablement.

Tableau : Sans testament, qui herite : Lien vers document PDF Sans testament, qui herite? / © 2014, Éducaloi
Cliquer pour agrandir (document PDF)

Pierrot est-il ton vrai prénom?

Voilà la deuxième question qui, tôt ou tard, m’est posée. Encore une fois, la réponse varie selon les informations choisies.

Si on lit mon acte de naissance, la réponse est non. Le principal prénom inscrit est Pierre.

Par contre, la réponse est oui si on consulte la plupart de mes autres pièces d’identité, y compris mon passeport.

J’ai adopté le prénom Pierrot en 1975. Cette année-là, Saint-Jérôme devenait le théâtre de trois expériences. La plus célèbre et controversée était celle de Tricofil, la reprise en main par les travailleurs d’une usine de textile fermée par ses propriétaires. Je travaillais avec les deux autres expériences. Celle de TVC-4 de télévision communautaire diffusée par antenne, initiée par le Vidéographe. Et celle d’un des premiers services au monde de câblodistribution bidirectionnelle, testé par Vidéotron. Les artisans de ces deux expériences avons imaginé et éprouvé, avec la complicité de ceux de la station de radio commerciale CJEN et de la radio étudiante du CÉGEP, diverses manières de démocratiser l’accès et l’usage des médias électroniques dans ce contexte de grande effervescence sociale.

J’ai vite rencontré un obstacle cependant. Au téléphone, mon « Bonjour, mon nom est Pierre Péladeau » était souvent accueilli par un silence incrédule. Quebecor était loin d’être l’empire commercial d’aujourd’hui, mais son fondateur, Pierre Péladeau, était déjà une figure publique populaire.

J’aurais pu choisir de remplacer Pierre ou de le compléter par l’un ou l’autre de mes autres prénoms inscrits à mon acte de naissance. Ou par leurs initiales. J’ai plutôt opté pour le diminutif, Pierrot, dont le caractère inusité présentait l’avantage de détourner suffisamment l’attention de mon trop célèbre nom de famille.

Quatre décennies plus tard, je lui découvre une nouvelle vertu. Je suis actuellement le seul « Pierrot Péladeau » repéré par Google et autres moteurs de recherche. Situation bien différente de celle mon petit fils. À sa naissance, il y a deux ans et demi, il y avait déjà 421 abonnés Facebook avec les mêmes prénom et nom. Probablement, il y en aurait trois fois plus lorsqu’il atteindra 18 ans. Situation idéale pour qui veut se fondre dans la masse. Mais quel obstacle pour qui veut « se faire un nom » dans ce monde, désormais numérique et planétaire.

Avis aux futurs parents. Vous pourriez offrir à vos petits la liberté de choisir entre se fondre ou se distinguer de la masse lorsqu’ils seront grands. Inscrivez de nombreux prénoms sur leur acte de naissance et n’en utilisez qu’un seul. Car toute personne peut librement, sans formalité, utiliser n’importe lequel ou plusieurs des prénoms inscrits dans son acte de naissance (article 55 du Code civil). Cela vaut aussi pour l’emploi d’initiales correspondant à ces prénoms.

Confusions, associations

Mais même avec un prénom singulier, des confusions demeurent possibles. Ainsi, j’ai déjà reçu à mon domicile une facture d’hôtel de Pierre Karl. Rien de trop révélateur : dates du séjour ainsi que nombre, moment et lieu de quelques consommations. Mais quand même! J’ai téléphoné l’hôtel et Pierre Karl pour dénoncer la situation, puis détruit la facture.

La confusion est probablement survenue lors de l’inscription à l’hôtel. L’ordinateur de la chaine hôtelière peut automatiquement proposer des fiches de clients pour accélérer la tâche. Un peu comme les propositions que vous fait Google lorsque vous faites une recherche. Ou celles de votre téléphone mobile lorsque vous écrivez un texto. Il suffit alors d’une seconde d’inattention de l’employé de l’hôtel pour que les informations d’adresse de mon dossier client soient confondues avec l’inscription de Pierre Karl.

Erreur assistée par ordinateur ou association consciente tout aussi assistée par ordinateur : voilà probablement ce qui, à l’inverse, m’a quelques fois valu qu’un hôtel me fasse la surprise d’un extra non demandé qui ne me fut jamais mentionné et encore moins facturé au moment du départ. Probablement aussi que je me retrouve plus souvent qu’à mon tour réfugié économique en première classe pour des vols dont on avait survendu les sièges. Cela même si je ne suis ni « grand voyageur » ni fidèle à quelque ligne aérienne ou chaine d’hôtels.

Nos vies numériques

Voilà qui répond aux deux questions. Et vous offre un avant-gout du thème principal que j’aborderai dans ces pages. Comment toutes sortes d’informations supportent nos connaissances et nos relations aux autres humains et au monde. Comment aussi les machines qui traitent ces informations organisent efficacement, avec nous ou malgré nous, nos mêmes relations aux autres humains et au monde.

L’actualité ne manquera pas de nous alimenter. Un seul exemple. 2013 fut l’année des révélations d’Edward Snowden sur la surveillance que les espions de NSA et leurs collègues canadiens exercent sur nous. 2014 s'annonce l’année des grands débats et des décisions qui y donneront suite.

Au plaisir de vous retrouver régulièrement ici à nos rendez-vous avec la nouvelle, la découverte et le débat.

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Calendrier :

● 27 et 28 février 2014, Montréal : Wikicité, évènement sur la participation citoyenne à l’ère numérique organisé par l’ Office de consultation publique de Montréal :

La révolution numérique bouscule les rôles traditionnels en démocratie participative. Toutes sortes de nouveaux intervenants peuvent proposer leurs contributions, intervenir dans la conception des projets, voire carrément les cocréer. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Je participe au panel de la soirée d’ouverture, jeudi soir le 27. J’assisterai aussi à tout l’évènement et vous en rendrai compte.

● 20 février 2014, Montréal : Soirée-bénéfice célébrant les 50 ans de la Ligue des droits et libertés :

Témoignages et spectacle animé par Christian Nadeau, avec Paule Baillargeon, Mani Soleymanlou, Chloé Dominguez, Wapikoni Mobile, Lorraine Fontaine, l’Ensemble Séfarade Méditerranéen, la chorale Les Voix Ferrées, Natasha Kanapé Fontaine, Karim et le groupe Syncop.

Balado :

Entrevue (en français avec interprète) d’Evgeny Morozov : Pour en finir avec la Silicon Valley au micro de Place de la Toile, France Culture.

En fait, on devrait dire : Pour en finir avec les conneries. Car débusquer les conneries dites à propos de la fée Internet et des solutions numériques à tout et n’importe quoi est à la fois un art, une obsession et un mode de vie chez l’auteur du livre To Save Everything, Click Here.

2 commentaire(s)

Johanne Clément dit :
11 février 2014 à 16 h 20 min

Très intéressant, éducatif! de plus avec la version MP3 , on peut apprendre le tout de votre agréable voie!

Merci et à bientôt j'espère!

lise grossinger dit :
12 février 2014 à 8 h 12 min

M.Péladeau, je suis de la région des Laurentides, et je suis bien contente de pouvoir vous lire,ce premier contact est utile du point de vue généalogie,et aussi du point de vue légal,,cela donne un coup d'œil sur les lois du Québec ,sur l'histoire, sur la façon de procéder en matière de filiation,,merci