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Bunker

Un huis clos au grand air

Bunker
photo courtoisie

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Dans le lot de films québécois ayant pour thème la recherche d’un parent, la quête de son identité, l’amour perdu et tutti quanti, les coréalisateurs Patrick Boivin et Olivier Roberge présentent Bunker, un long-métrage à la prémisse inattendue.

Dans le lot de films québécois ayant pour thème la recherche d’un parent, la quête de son identité, l’amour perdu et tutti quanti, les coréalisateurs Patrick Boivin et Olivier Roberge présentent Bunker, un long-métrage à la prémisse inattendue.

Et s’il existait, dans le Nord québécois, un bunker nucléaire américain issu de la guerre froide dans lequel deux soldats montent la garde à longueur d’année, en cas d’alerte?

On s’entend, la tension avec la Russie n’est plus ce qu’elle était, au moment du tournage du moins (l’actualité rattrape la fiction avec la flambée des derniers jours). Malgré tout, comme dira l’un des deux protagonistes, il en coûte moins cher de payer deux salaires que de sabrer tout un programme de défense nucléaire. Mais où sont ces ogives au juste, en territoire canadien ou américain? Personne ne sait.

Boivin et Roberge se sont inspirés d’un fait divers relatant l’existence de bunkers dans l’ex-U.R.S.S., habités par un soldat à l’extrême bout de la chaîne de commandement dont la simple tâche était de tourner la clé et d’appuyer sur le bouton pour lancer les missiles en cas d’attaque. «On a voulu explorer ça, savoir ce que ça représentait d'avoir cette charge-là sur ses épaules. Évidemment, on a ramené ça au Québec», nous disait Olivier Robert. Une proposition impossible? Pas tant que ça, les auteurs ont fouillé la chose et découvert qu’il existait bel et bien de ces structures au Canada et dans la Belle province.

À partir de là, l’exercice devient autre: comment vivront deux individus dans un espace clos pendant six mois, enfermés dans un trou à rats bétonné en plein milieu de la forêt? Et que feront-ils si jamais – si jamais! – l’alarme devait sonner? Appuieraient-ils? Soupçonneraient-ils un pépin technique? Aucune communication avec quiconque. Qui prendra la décision?

Face à face d’acteurs

Ici, tout repose sur le jeu brillant de Patrice Robitaille (dans un rare rôle quasi muet tout en retenue) et Martin Dubreuil. Pas de prénoms, que des noms de famille; les deux hommes passent leurs journées souvent sans mot dire. Robitaille, taciturne et renfermé, prend sa «mission» au sérieux, repasse les notes, rafraîchit l’endroit en passant ses journées à peindre. Dubreuil, habitué de l’endroit, ouvre le sas et va fumer, pêcher, faire des feux. C’est le huis clos au grand air, les hommes sont confinés dans un endroit que d’autres appelleraient «lieu de villégiature». Et entre eux, toujours cette question: «qu’as-tu fait pour aboutir ici?». Nous n’en dévoilerons rien.

Face à face d’acteurs qui se transforme lentement en danse macabre, Bunker frappe au grand écran par la qualité de sa musique originale et l’ambiance sonore. La musique est lente, les sons ambiants endorment. Les mois passent lentement, et ça se sent. Certains trouveront cela pesant.

On a parfois l’impression d’assister à une pièce de théâtre; la transposition serait facile d’ailleurs. Et pourtant, le film ne dure que 86 minutes. À voir, pour ceux qui aiment prendre leur temps et qui savent apprécier les moments de silence.

  • Bunker (3/5)
Film de Patrick Boivin et Olivier Roberge. 
Avec Patrice Robitaille, Martin Dubreuil, Julien Poulin et Ricardo Trogi. 

 

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