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Aéroports ou passoires ?

Aucun système de sécurité n’est totalement infranchissable

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S’il y a une leçon que l’on peut déjà tirer de l’affaire du vol MH370, c’est que, quelles que soient les motivations des deux passagers qui ont embarqué à bord de l’avion de la Malaysia Airlines, ils n’ont pas sélectionné cet aéroport au hasard.

S’il y a une leçon que l’on peut déjà tirer de l’affaire du vol MH370, c’est que, quelles que soient les motivations des deux passagers qui ont embarqué à bord de l’avion de la Malaysia Airlines, ils n’ont pas sélectionné cet aéroport au hasard.

Il est en effet connu des milieux criminels qu’il est plus difficile d’embarquer aujourd’hui à bord d’un avion depuis les É.-U. ou Israël, où le niveau de sécurité est en permanence au plus haut niveau à cause de la menace, que depuis certains pays d’Asie.

Alors que j’étais policier dans la lutte antiterroriste en France, j’ai participé – entre autres – à l’enquête sur le détournement en 1994 du vol d’Air France entre Alger et Marseille. Ce détournement s’est soldé par la mort de tous les terroristes dans une opération du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), qui reste encore aujourd’hui un modèle du genre.

Point le plus faible

À l’époque, l’enquête avait montré qu’outre le choix logique de l’aéroport de départ – puisque les terroristes faisaient partie du groupe islamique armé (GIA, datant d’avant Al-Qaïda) –, l’aéroport d’Alger avait été sélectionné par les terroristes à cause de son faible niveau de sécurité. Ceux-ci avaient en effet embarqué à bord de l’avion déguisés en policiers avant d’en prendre le contrôle.

C’est une constante chez tous les groupes terroristes que de chercher le point le plus faible pour pouvoir frapper si possible un grand coup. On ne sait pas aujourd’hui si la piste terroriste est la bonne dans le cas du vol MH370, mais les gens réalisent avec cette affaire que la sécurité qui leur est «vendue» par les gouvernements et les compagnies aériennes relève souvent plus de l’illusion qu’autre chose.

Contrôle des documents

En effet, tous les spécialistes de la question le savent, aucun système de sécurité n’est totalement infranchissable et chaque mesure de sécurité à sa parade. Pour les aéroports, la faiblesse réside principalement dans le contrôle des documents. Un travail indispensable puisqu’il existe plus de 40 millions de documents perdus ou volés qui figurent dans la base de données d’Interpol. Malgré cela, de nombreux aéroports n’effectuent pas de vérifications dans cette base.

Pire encore, on croit à tort que certains systèmes de haute technologie vont mieux nous protéger alors que c’est parfois l’inverse qui se produit. Un exemple chez nous avec le programme NEXUS, qui est destiné à accélérer le passage de la frontière canado-américaine en utilisant des voies réservées ou un accès en libre-service.

Or, pour bénéficier de ce programme, il faut qu’une enquête soit menée auprès des services de renseignements canadiens. Mais en réalité, le SCRS préfère ne pas divulguer ce qu’il sait sur un individu et surtout éviter, en cas de réclamation en Cour suite au refus du certificat NEXUS, d’avoir à donner l’origine de cette information ainsi que cela s’est déjà produit.

Une sécurité qui perd ainsi tout son sens et, pire, qui se révèle pratiquement moins efficace que le simple et bon vieux recours aux bases de données d’Interpol.

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