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Maïna

Raconter l’inconnu

ART-MAINA-RJUNKET
photo agence qmi, PHILIPPE-OLIVIER CONTANT

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Rencontrer le réalisateur Michel Poulette et l’auteure Dominique Demers est à l’image de leur film, toute une aventure. Volubiles, ouverts, prêts à tout dévoiler et à partager leurs histoires, Michel Poulette et Dominique Demers ont tellement de choses à discuter à propos de leur projet commun, Maïna.

Rencontrer le réalisateur Michel Poulette et l’auteure Dominique Demers est à l’image de leur film, toute une aventure. Volubiles, ouverts, prêts à tout dévoiler et à partager leurs histoires, Michel Poulette et Dominique Demers ont tellement de choses à discuter à propos de leur projet commun, Maïna.

La naissance de Maïna n’a pas été chose simple, surtout pas pour Dominique Demers dont c’était le premier roman destiné à un public adulte – vendu depuis à plus de 50 000 copies. Qui, au Québec, connaît la réalité des peuples autochtones avant l’arrivée des Européens? Car avant cette grande rencontre, il y en a eu une autre, moins documentée et surtout moins enseignée: celle des peuples innus et inuits, issus de migrations différentes, qui partageaient un vaste territoire, certes, mais certainement pas la langue ni la culture.

Au départ, Michel Poulette (Louis XIX) s’est fait approcher pour adapter le roman de Demers… comme série télé. Tout de suite, il a vu le potentiel d’en faire un film et s’est battu pour l’idée qui a vu le jour des années plus tard, alors que le projet s’est retrouvé sur les tablettes pendant deux ans. Réalisateur et romancière étaient toutefois obsédés par l’œuvre, et ont tout fait pour la présenter sur grand écran.

«On est partis sur cette affaire-là sans savoir que c’était une aussi grosse galère», a-t-il dit.

«J’étais obsédée par Maïna. Mes enfants étaient jeunes et me disaient “Maman, c’est en train de te rendre folle”. C’était une obsession. Il y a quelque chose dans cette histoire qu’il fallait raconter. Les gens m’ont dit “Tu vas faire une suite au livre”: jamais! Je sais ce que c’était. C’était correct une fois, mais je ne pourrais jamais faire ça deux fois.»

EN SOUS-TITRE

Toute une entreprise. Si une partie du film est narrée – une référence à la tradition orale –, tout se fait dans les langues autochtones et en sous-titre, un travail demandé au spectateur. «Ce sont des gens qui ne parlaient pas beaucoup. On a pris les dialogues et on les a tenus au minimum. Là où ça devient immersif, c’est que le spectateur s’assoit, et au lieu de travailler, il ne fait que recevoir. Il reçoit des informations, il a le temps de voir la beauté des paysages, il a le temps de voir ce qui se passait entre ces gens-là. S’ils s’engueulent sur quelque chose, je n’ai pas besoin d’avoir toute la séquence. J’ai besoin de comprendre ce qui est en train de se dire. Ça permet de se concentrer sur ce qu’il y a à l’écran et non pas sur le bas de l’écran», affirme le réalisateur.

«C’était une machine immense. On a décidé de le faire dans la langue des deux peuples qui étaient là. On a décidé que tous les acteurs seraient joués par des gens des Premières nations. Il fallait avoir des conseillers culturels sur place.»

Et il fallait également contourner le «syndrome Agaguk»… film réalisé en 1992 à partir d’un roman d’Yves Thériault, qui mettait en scène, dans le long-métrage, un Américain – dont la mère est née aux Philippines – et un Japonais dans les rôles principaux. Les Premières nations du pays avaient été approchées pour ce projet, auquel elles ont contribué financièrement, mais le scénario qu’on leur a vendu n’était pas celui qui s’est retrouvé sur grand écran. Trente ans plus tard, les voici devant un nouveau projet, mais avec la même crainte. La confiance – et l’investissement – a été durement gagnée, mais le syndrome est sans doute maintenant chose du passé tant la réception a été bonne.

ÉMOTIONS

Présenté en avant-première à Kuujjuaq, où une partie du film a été réalisée, le long-métrage a séduit tout le monde. «Une consécration énorme! Une jeune femme de l’âge de Maïna qui était avec ses copines – et c’était la plus volubile – a dit qu’elle avait aimé le film et que c’était important de voir ça à l’écran, avec un sanglot dans la gorge… Nous avons tous eu des frissons. C’était émouvant, c’était vraiment troublant. Les gens étaient émus. Ce n’était pas juste “c’était une belle histoire et j’ai eu un beau moment de cinéma”. C’est venu les chercher. C’est une réaction qu’on ne peut pas avoir au Sud», nous a dit la romancière.

Oui, nous sommes le sud de quelqu’un! Ce n’est pas la seule découverte que l’on fait en visionnant ce film.

 
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