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Dans la gueule de la bête

Un excellent Armel Job

Loin des mosquées, Armel Job
Photo Courtoisie Armel Job

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En racontant la tragique histoire d’une famille juive prête à tout pour échapper aux griffes des nazis, Armel Job a tenté d’apprivoiser la bête noire qui sommeille en chacun de nous.

En racontant la tragique histoire d’une famille juive prête à tout pour échapper aux griffes des nazis, Armel Job a tenté d’apprivoiser la bête noire qui sommeille en chacun de nous.

Lorsqu’on songe aux auteurs d’origine belge, Hergé, Franquin, Amélie Nothomb, Georges Simenon ou Henri Vernes – le papa de Bob Morane! – nous viennent tout naturellement à l’esprit. Mais depuis quelques années déjà, le nom d’Armel Job s’impose aussi de plus en plus souvent. Non seulement parce qu’il imite désormais sa célèbre consœur en publiant un livre tous les 12 mois, mais parce qu’il a le chic de raconter des histoires-chocs électrisantes qui court-circuitent très souvent au passage bon nombre de clichés. Il suffit d’ailleurs de lire Loin des mosquées (paru en 2012) ou Dans la gueule de la bête (qui devrait sortir en librairie le 27 mars) pour en avoir la preuve.

Un roman bouleversant

S’inspirant de faits qui ont hélas eu lieu, Dans la gueule de la bête nous transporte directement à Liège alors que la Deuxième Guerre mondiale bat son plein. On découvrira ainsi le triste quotidien des Goldman qui, tout comme des milliers d’autres familles juives à travers l’Europe, ont été obligés de se diviser afin de multiplier leurs chances de se soustraire aux rafles nazies.

Grâce à une organisation secrète fournissant faux papiers et nouvelles identités, la petite Hanna sera en effet confiée aux bons soins des sœurs de la Miséricorde sous le nom d’Annette Lebrun, tandis que ses parents seront respectivement recueillis par les Desnoyer et la veuve Guignard, de braves gens prêts à risquer leur peau par compassion.

«Dans les années 1940, il y avait environ 6000 Juifs à Liège, explique Armel Job, qu’on a pu joindre chez lui dans les environs de Bastogne la semaine dernière. Mais il y a eu de nombreuses arrestations et on pense que 33 % de la population adulte a été déportée puis exterminée, et que 29 % des enfants ont connu un sort similaire. Ce sont évidemment des chiffres épouvantables, même s’ils sont bien moins pires qu’en France. Sous le régime de Vichy, la police française a arrêté quantité de Juifs, alors qu’en Belgique, les Allemands n’ont fait que contraindre les autorités à leur fournir des renseignements. Ça fait une énorme différence, car, à aucun moment, la police liégeoise n’a arrêté de Juifs. En revanche, il y a eu des mouchards… L’humanité étant ce qu’elle est, on trouvera toujours des individus susceptibles de dénoncer leur prochain pour toucher une prime. Et moi, j’ai voulu comprendre comment on pouvait en arriver à commettre ce genre de forfait.»

De simple citoyen à délateur

«En 2010, le chercheur belge Thierry Rozenblum a publié Une cité si ardente, un livre portant essentiellement sur la traque des Juifs à Liège, poursuit Armel Job. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à cette question parce que, sans le savoir, j’ai habité pas mal de temps dans le quartier juif de Liège, sur les traces de personnes ayant vécu des événements franchement dramatiques. Tous les personnages de mon roman étant tirés de la réalité, je me suis donc servi d’un modèle ayant vraiment existé pour créer Pierre Baumann, un indicateur zélé de la Sipo.»

Issu d’une mère belge et d’un père allemand qui ne tardera pas à abandonner les siens pour aller là où Hitler lui demandera d’aller, ledit Pierre Baumann incarnera donc ce que chacun de nous se défend de devenir. «Lorsqu’on regarde tout ça de loin, on se dit sûrement que jamais il ne nous viendrait à l’idée de passer du côté des méchants pour s’improviser chasseur de primes, affirme Armel Job. Mais si pareil contexte historique devait un jour se reproduire, il faut se rendre à l’évidence: on ne ferait pas tous forcément partie des bons…»

«Cela étant, je ne pense pas que les romans doivent servir de leçons de morale aux lecteurs. J’essaie plutôt de faire revivre une époque en espérant que ça poussera celles et ceux qui me lisent à réfléchir, à évacuer les certitudes et à envisager les choses de façon moins stéréotypée.»


Armel Job sera présent au Salon international du livre de Québec le 11 avril de 12 h 30 à 13 h et de 20 h à 20 h 30, et le 12 avril de 13 h 30 à 14 h.

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