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15 jours À vélo

1200 kilomètres à vélo de San Francisco à San Diego

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SAN DIEGO, États-Unis | Le paradis, l’enfer et le purgatoire existent. Je les ai fréquentés au cours d’une tournée à vélo d’une quinzaine de jours du nord au sud de la Californie.

Car parcourir, à deux cyclistes, les 1200 kilomètres longeant l’océan Pacifique de San Francisco à San Diego est un périple qui comporte bien des embûches. Récit.

Notre arrivée se fait à l’aéroport de San Francisco, qui dispose d’un endroit pour le remontage des vélos. Heureuse initiative nous permettant d’emprunter aussitôt une piste cyclable, d’où nous grimpons une côte plutôt pentue vers San Bruno, où le paysage des montagnes se jetant dans le Pacifique est d’une beauté époustouflante.

Rouler vers notre première étape, Half Moon Bay, est un délice: peu de circulation et des plages à perte de vue.

Au pays de Zorro

Capitale de la Californie en 1777, Monterey, notre destination du lendemain, était connue jadis pour la chasse à la baleine dans son immense baie et pour les aventures fictives de Zorro, le célèbre «justicier masqué».

À proximité, avec vue imprenable sur les magnifiques montagnes du Big Sur, la municipalité de Carmel a été fondée en 1902 par des artistes éblouis par la magnificence des lieux. Clint Eastwood en a été le maire pendant plusieurs années.

Au lever du jour, nous faisons face à un dilemme. C’est le week-end et déjà les rares hôtels côtiers sont bondés. Si nous continuons comme prévu vers Big Sur et San Simeon, nous risquons de passer nos nuits à la belle étoile.

Si nous nous détournons vers Salinas, il faudra franchir, pendant une heure et demie, le fameux col des Coastal Ranges et rouler ensuite pendant quelques jours dans une immense vallée semi-désertique où la température frôle parfois les 45 °C…

À contrecœur nous décidons de nous éloigner de Big Sur et de ses 140 km de falaises tombant à pic dans l'océan.

Le jardin de la Californie

«Jardin» de la Californie, la Salinas Valley cultive plus de 80% de la laitue des États-Unis et on y trouve aussi plusieurs vignobles grâce à l’eau provenant du Colorado.

À mi-chemin, la Mission Nuestra Señora de la Soledad, fondée en 1791, a servi de toile de fond au célèbre roman de John Steinbeck Des souris et des hommes.

La route nous menant à Paso Robles est celle de tous les dangers: chaleur extrême, vent de face violent, route incertaine, trajet éprouvant durant trois heures sur l’autoroute 101 à partir de San Ardo, un bled perdu dans une zone quasi désertique.

Car l’autoroute s’avère la seule option, la route habituelle passant par un camp militaire étant inaccessible lors de notre passage à Bradley. À ne pas conseiller aux cœurs sensibles! Nous entrons exténués à Paso Robles, renommée pour ses sources thermales et ses 180 vignobles.

El Camino Real

Pendant deux longues journées, nous roulons sur «El Camino Real», tantôt une autoroute, tantôt une route à circulation rapide dotée d’un large accotement.

Ce chemin royal doit sa réputation aux 21 missions espagnoles construites entre 1683 et 1834 de Sonoma (au nord de San Francisco) à San Diego. À l’époque, la route était plutôt un sentier muletier reliant ces missions, l'un des principaux moyens de la Couronne d'Espagne pour étendre alors ses frontières.

Entre San José et San Diego, la route US 101 suit plus ou moins le tracé de cette route historique portant toujours son nom d’origine et qu’on peut repérer grâce à des cloches suspendues à des pôles à intervalles réguliers.

Après avoir roulé deux jours et demi hors du parcours original et grimpé jusqu’à 1700 mètres, nous redescendons vers San Luis Obispo, cité animée au cœur de la vallée des Santa Lucia Mountains, tout près de la fameuse faille de San Andreas. Le Pacifique est en vue avec ses flots bleus et son air tempéré.

Mais il faut à nouveau nous attaquer à la plus haute montagne du voyage, sur une route en lacets et sans accotement. Finalement, avec plus de 500 kilomètres au compteur, nous arrivons à Lompoc, endroit plutôt morne caché au cœur de pics vertigineux.

Située près de la base de missiles de l’Air Force Vandenberg, elle a servi de site du tournage du film Sideways, dont l’action se déroulait en principe dans la Napa Valley

La Riviera américaine

L’entrée dans Santa Barbara, par une magnifique piste cyclable, avec vue panoramique sur l’océan récompense nos efforts. Sise entre la mer et les collines de Santa Ynez, la douceur de son climat, ses plages à l’infini et ses maisons couvertes de tuiles lui valent à juste titre le nom de «Riviera américaine». Son marché au cœur de la rue principale a d’ailleurs des airs de Vieux-Nice.

Trente kilomètres plus loin, la capitale américaine du surf, Malibu, atteinte juste avant la tombée de la nuit, attire une clientèle huppée.

Les prix des quelques rares hôtels et restaurants sont vertigineux. Une preuve de plus que nous sommes en présence des gens «riches et célèbres»: le dépanneur du coin offre des Château Petrus 1964.

Depuis Santa Monica, nous longeons la mer sur une longue piste cyclable à travers Venice Beach, avec ses personnages baba cool des années soixante, Marina del Rey et Long Beach, où est ancré le célèbre navire «Queen Mary» devenu aujourd’hui une attraction touristique.

Contrairement aux sombres prédictions, le contournement de la région de Los Angeles s’avère beaucoup plus aisé que prévu, à condition d’être vigilant.

De Sunset Beach, nous roulons au petit matin dans une brume à couper au couteau. On y voit à peine à 10 mètres devant nous. À tout instant surgit de l’ombre un cycliste avec sa planche de surf!

Plusieurs stations balnéaires défilent en boucle: Huntington Beach, Newport Beach, Laguna Beach, San Juan Capistrano, San Clemente.

Notre route mène à l’immense camp militaire de Pendleton, site des Marines. Rien n’est évident ici et les militaires sont plutôt sur les dents. À la fatigue et à la chaleur étouffante s’ajoutent une crevaison malencontreuse et un bris de chaîne. Notre escale à Oceanside nous permet enfin de décompresser…

Décor de rêve

Le décor du littoral du Pacifique est spectaculaire à l’approche de La Jolla, surnommée le «joyau de la Californie du Sud» et envahie en cette matinée par des milliers de surfeurs.

Nous approchons de notre destination finale, San Diego. Berceau historique de la Californie, cette ville jouit d’un délicieux climat et est entourée de magnifiques plans d’eau. Devenue partie des États-Unis en 1850, sa proximité avec la frontière mexicaine la rend sensible à l’influence hispanique.

En face du centre-ville, l’île de Coronado est un enchantement à parcourir. Un de ses bâtiments historiques, l’hôtel Del Coronado, est un rare exemple d'un style d'architecture en bois de l’époque victorienne.

Lors de son inauguration en 1888, cet hôtel a été le premier à utiliser l'éclairage électrique. Il a été le cadre de plusieurs films comme Certains l'aiment chaud avec Marilyn Monroe.

Pour la dernière journée, nous entreprenons la montée du défi cycliste de l’endroit: la «Texas road», longue de 2 kilomètres à plus de 15%.

Tout en haut, nous devenons, malgré nous, les vedettes de ce sympathique restaurant Café 21, clôturant ainsi le dernier chapitre de notre aventure cycliste de 1200 kilomètres au bord du Pacifique sous un ciel toujours bleu.

 
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