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Mon dernier blogue de campagne

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La campagne qui s’achève –Dieu merci ! – aura appauvri l’âme québécoise. Toutes ces bassesses, ces mensonges, cette manipulation de l’opinion publique et ces attaques personnelles ont un prix.

Responsable d’avoir déclenché des élections par pur opportunisme, en violation de sa propre loi sur les élections à date fixe, le Parti Québécois va  payer la note.

Le Parti Québécois

Ces derniers jours, le parti aurait dû changer son nom pour Panique Québécois tant il a cumulé les dérapages. Certains loufoques –les propos de Janette Bertrand, les baisses de taxes de dernière minute– mais d’autres très graves.

Lorsqu’un parti promet triomphalement la suspension des droits et libertés protégés par la charte québécoise à des fins électorales – la charte de la laïcité aurait pu être adoptée sans difficulté si le PQ avait accepté le compromis honorable présenté par la CAQ l’automne dernier – c’est qu’on a atteint le nadir du cynisme. De la malveillance.

Tout aussi répréhensible, le refus d’admettre publiquement que les employés de la fonction publique qui ne respecteraient pas les dispositions de la charte sur le port de signes religieux seraient éventuellement congédiés. D’une part, c’est mentir : pourquoi légiférer si des sanctions ne sont pas appliquées aux contrevenants ?

Mais surtout, c’est prendre les Québécois pour des imbéciles : quand la candidate poteau Evelyne Abitbol a enfin admis que oui, des gens perdraient leur emploi, la réponse du parti en laissé plusieurs, dont moi, sans parole. Le peu de respect qu’il me restait pour Pauline Marois s’est envolé cette semaine quand elle dit, sur cet insupportable ton doucereux qui la caractérise quand elle est prise au piège de ses incohérences - que le gouvernement aiderait ces personnes à se trouver un emploi à la mesure de leurs compétences dans le secteur privé. Tout le monde sait que la demande pour des urgentologues, des professeurs d’université, est grande...

Pire encore, le 17 mars dernier, Pauline Marois encourageait les employeurs privés à s’inspirer de la charte !

Lundi soir prochain, à moins d’un spectaculaire revirement qui verrait le Parti Québécois former un gouvernement majoritaire, je crains que ce ne soit madame Marois qui ait besoin d’accompagnement vers un emploi dans le secteur privé.

Ceux et celles qui ont entraîné le Parti de René Lévesque dans cette folle aventure ethnico-identitaire, à laquelle les «anciens» du PQ ne croyaient pas, auront aussi à répondre de leurs actes.

Le Parti Libéral

Si les Libéraux ne forment pas un gouvernement majoritaire, ils auront à se questionner sur leur choix du chef, incompréhensible pour plusieurs. Philippe Couillard traînait de bien lourdes valises: Arthur Porter, l’Arabie saoudite, son départ du gouvernement en plein mandat de ministre. Sans oublier l’affaire Fatima Houda-Pépin qui a révélé un inquiétant manque d’instinct politique pour quelqu’un qui aspire à la plus haute fonction de l’État. Carence qui s’est confirmée pendant le Face à face avec ses propos bizarres sur le bilinguisme.

Mais au moins, et c’est à son honneur, il a gardé son calme. Et il en sera récompensé. Même quand Pauline Marois a réagi au «soutien» d’Arthur Porter à son «ami» Philippe Couillard, un grand moment de tartufferie dans la campagne, en lançant avec impudence que ce qui se ressemble s’assemble. Probablement la pire insulte de la campagne.

La Coalition Avenir Québec

Mais quoi qu’il arrive lundi, le héros de cette campagne, c’est François Legault que tous donnaient pour mort il y a un mois. Et c’est à son authenticité qu’il doit sa spectaculaire remontée. Authenticité dans le propos – on n’a pas les moyens de se payer un anneau de glace à 98 millions de dollars, au bénéfice de quelques centaines d’athlètes, n’en déplaise au roitelet Labeaume quand il y a tant de besoins criants ailleurs. Authenticité dans le ton – François Legault ne change pas son accent et son vocabulaire quand un micro s’allume sous son nez. Authenticité dans la manière – faire une campagne très peu scriptée avec sa plus proche collaboratrice, sa femme, Isabelle Brais, était un coup de génie.

Si on avait à écrire une véritable charte des valeurs québécoises, l’authenticité occuperait le premier rang. Les Québécois n’aiment pas les ratoureux, les pédants, les vaniteux, les poseurs. Tout Québécois vient au monde avec un détecteur de bullshit perfectionné. Il nous arrive de le mettre à off, question de mieux respirer, ou de contourner notre conscience le temps d’un bon «deal», mais face à une situation de danger extrême, il se remet automatiquement en marche.

Nous sommes un peuple pragmatique avant tout. Nous n’avons pas tenu tête au plus puissant empire de l’Histoire moderne en raison de notre instruction et de notre raffinement intellectuel mais parce que nous savions survivre. Nous savions faire la différence entre le vrai et le faux. Il en allait de notre existence. Fils de coureurs de bois, filles de paysans, descendants d’immigrants chassés de leurs patries, c’est notre Gros Bon Sens, notre pragmatisme, qui nous ont sauvés de la disparition. Jusqu’au milieu du XXe siècle, c’est dans l’adversité que c’est forgée la nation. Pas dans les universités.

Les élites auto-déclarées se moquent de ce gros bon sens qu’ils associent à une forme de crétinisme populaire. Mais ce GBS, qui a toujours guidé les Québécois dans leur quête du vrai, un trait que devons à nos ancêtres a fait de nous le peuple épris d’authenticité.

Et François Legault, aujourd’hui, incarne ce GBS qui fut providentiel à bien des tournants de notre histoire.

Mettre des infirmières à la porte parce qu’elles portent un foulard, c’est contraire au GBS québécois. Dire que des travailleurs d’usine au Saguenay devraient parler anglais pour répondre à d’hypothétiques questions de clients américains, c’est aussi contraire au GBS québécois. Marteler qu’il y a trop de fonctionnaires en santé et en éducation, c’est une célébration du GBS québécois.

Et c’est en partie pour cela que François Legault, même si c’est peu probable en raison de notre système électoral, pourrait devenir chef de l’Opposition le 8 avril.

Québec Solidaire

Françoise David, appréciée de tous mais minée par l'extrémisme de son parti - promettre de sortir le Québec de la dépendance au pétrole en 15 ans est une insulte au GBS québécois - a mené une admirable campagne, soutenue par son coefficient élevé d'authenticité qui lui vaut l'estime des Québécois. Mais QS est coincé dans une insoutenable position à long terme: pour sortir du carcan du dix pour cent d'appui, le parti devrait se «recentrer». Mais, en migrant vers le centre de la gauche, il perdrait de son authenticité, et se couperait de sa base.

Québec Solidaire est condamné à devenir un parti soupape pour une gauche de plus en plus frustrée de ne pouvoir séduire l'électorat, rendu encore plus nécessaire si le Québec, lundi, fait à nouveau le choix de confier sa destinée à des politiciens de centre-droite, les champions du pragmatisme.

 

2 commentaire(s)

alain maronani dit :
5 avril 2014 à 11 h 50 min

J'espère la disparition de cette honte, la charte et son trainde mesures xénphobes. Nous avons besoin de mesures pour 'vivre' ensemble, pas pour discriminer une partie de la population qui ne demande qu'a vivre paisiblement.

Les responsables du climat xénophobe actuel, je pense au sieur Drainville et a ses accolytes, comme MBC et ses petits camarades, risquent de passer a travers l'averse, et continuer a propager leurs idées nauséeuses, malheureusement.

Drainville a des ambitions....

Passons sur les zinzin comme la candidate Louise Mailloux et ses délires de castration, qa qui on a demandé de se faire discrète... l'utilisation pitoyable de Jeanette Bertand, les lamentations de Lise Payette, que l'on avait connu plus censée, a propos d'une infimière qui refusait de lui mettre des suppositoires, etc...

Un désastre collectif, voulu par le PQ, qui a sciemment utilisé une xénophobie latente, pour tenter de s'installer au pouvoir...

Les alternatives ne sont pas terribles, mais tout plutôt que ce pétainisme local...

jnboisvert dit :
5 avril 2014 à 12 h 21 min

Le GBS québécois lui fait chercher son avenir à tâtons, prudemment et en se méfiant des mirages. Il est aussi déchiré, car il se bâtit une société de bonbons qui handicape son bel avenir. Il doit ambitionner de prospérer, mais il ne laboure pas son champ de ressources. Il sait qu'il ne doit pas être dépendant de rien s'il veut être indépendant de tout. Il aime vivre pleinement mais il vote pour sa survie. Il se réconforte d’être membre d'un grand peuple, mais tolère qu'on le méprise. Il se désâme pour un pays qui le traite comme un esclave fiscal.

Il comprendra, un jour, qu'on doit être maître en soi-même, maître de ses politiciens, avant d'être maître chez soi.

Commentaires

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