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Autopsie de la campagne

Bloc Pouliot

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La déconfiture de la CAQ à Québec a-t-elle vraiment été causée par le refus de M. Legault d’endosser certains projets du maire Labeaume, comme ce dernier l’a récemment affirmé? Ma lecture sur le terrain pendant les 33 jours de campagne ne me permet pas de tirer une pareille conclusion.

La déconfiture de la CAQ à Québec a-t-elle vraiment été causée par le refus de M. Legault d’endosser certains projets du maire Labeaume, comme ce dernier l’a récemment affirmé? Ma lecture sur le terrain pendant les 33 jours de campagne ne me permet pas de tirer une pareille conclusion.

Dès le départ, j’ai senti au sein de la population de Québec une réaction épidermique à Mme Marois, ce qu’a d’ailleurs soulevé le sondage Metaforte de LXB communication – marketing qui confirmait que l'image de Pauline Marois s’était détériorée significativement depuis 2012. La dégradation s’est amplifiée avec le «poing tournant» de la campagne levé par Pierre Karl Péladeau et la «péqu’hystérie» qui s’en est suivi dans les médias locaux de la capitale, précipitant les électeurs vers la valeur refuge fédéraliste que constitue le Parti libéral.

Manque de cohérence

Le deuxième facteur expliquant la popularité déclinante de la CAQ de 2012 jusqu’à la troisième semaine de la campagne provient, selon moi, du manque de cohérence du message de «droite» de M. Legault depuis 18 mois. Les électeurs de la capitale qui avaient appuyé la CAQ en 2012 ont été déçus, car ils s’attendaient à ce que l’ADN de l’ADQ survive à la fusion avec la CAQ, ce qui n’est pas vraiment arrivé.

J’en donne un exemple: M. Legault a lancé l’idée très «adéquiste» d’une charte des contribuables (j’avais moi-même proposé au congrès de l’ADQ en 2011 de donner plus de tonus à la loi antidéficit pour arriver aux mêmes fins), mais, du même souffle, il a appuyé le projet péquiste de dépenser 115 millions de dollars de l’argent des contribuables pour jouer au loto-pétrole à Anticosti. Par contre, j’ai senti que le discours plus «à droite» de la CAQ au cours des trois dernières semaines de campagne a plu aux électeurs caquistes, mais le mal était déjà fait. On le sait, la région de Québec a toujours été malaisée avec la croissance de la taille de l’État. Les médias y sont pour quelque chose. Je me rappelle les éditoriaux très fiscalement conservateurs que diffusait Télé-4 dans les années 1970, tout comme la chasse au gaspillage étatique menée à CHRC-AM par André Arthur au cours de la même décennie.

Maires tributaires

La déclaration du maire Labeaume a par contre le mérite de mettre en exergue un des problèmes de gouvernance des municipalités. Les villes sont de plus en plus financées, non plus par leurs citoyens, mais par le gouvernement du Québec. Les maires sont devenus tributaires des subventions provinciales financées par les résidents d’autres villes.

J’ai proposé en cours de campagne qu’on abolisse la taxe scolaire, qu’on transfère aux villes le champ complet de la taxation foncière tout comme l’entièreté des revenus d’immatriculation, mais qu’en retour les villes cessent de recevoir des subventions. Nos maires seraient ainsi entièrement redevables de leur gestion et de leur niveau de taxation auprès de leurs électeurs locaux et n’auraient plus à quêter auprès du gouvernement provincial pour faire avancer leurs projets. On éviterait ainsi d’imposer les coûts des listes d’épicerie de maires très populaires ayant beaucoup d’influence politique aux citoyens des autres villes du Québec et on rendrait les administrations municipales plus imputables envers leurs contribuables.

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