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Procès | Jocelyn Dupuis

Procès Jocelyn Dupuis : Des fausses factures pour le bien de tous les travailleurs

C’est ce qu’ont soutenu deux anciens responsables de la FTQ-Construction

Jocelyn Dupuis
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

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Si Jocelyn Dupuis s’était adonné à de la fausse facturation, c’était pour le bien de tous les travailleurs de la FTQ-Construction, a assuré un ancien membre de l’exécutif de la centrale syndicale.

Jocelyn Dupuis n’empochait pas un rond avec ses fausses factures. En fait, l’ex-d.g. de la FTQ-Construction redistribuait tout l’argent aux travailleurs, ont dit hier deux anciens membres de l’exécutif de la centrale.

«Je connais M. Dupuis depuis 10 ans, il n’a pas mis une cenne noire dans ses poches», a lancé l’ex-secrétaire de la FTQ-Construction Alain Pigeon.

Même son de cloche de la part de l’ancien vice-président de l’exécutif Rénald Grondin, qui a décrit Dupuis comme un homme généreux qui venait régulièrement en aide aux sections locales de syndicat, en les finançant avec de l’argent comptant.

«Heureusement qu’il était là !» a même lancé M. Grondin.

Les deux hommes se sont ainsi portés à la défense de l’ex-d.g. de la FTQ-Construction, accusé de fraude et de fabrication de faux. Selon la poursuite, Dupuis, 60 ans, avait fraudé au moins 63 000 $ à son employeur via des comptes de dépenses douteux entre décembre 2007 et novembre 2008.

L’accusé de 60 ans avait ainsi falsifié des reçus de restaurant de plus de 1000 $, selon la preuve de la poursuite. Il aurait aussi gonflé de centaines de dollars d’autres factures, en plus de comptabiliser des centaines de kilomètres pour des courts déplacements.

Or, les deux anciens membres de l’exécutif ont expliqué qu’ils étaient au courant des montants faramineux que Dupuis réclamait, mais qu’ils n’y voyaient de problèmes.

«Tout le monde semblait très bien vivre avec la façon d’agir de M. Dupuis», a assuré M. Grondin.

«C’était correct, ça faisait partie de son mandat, ça fonctionnait comme ça, c’est pour le bien de tous les travailleurs», a ajouté M. Pigeon.

Une « bibitte »

En fait, les problèmes ont éclaté à cause d’une «guerre interne», a expliqué M. Grondin hier. D’un côté, il y avait le président Jean Lavallée, et de l’autre Dupuis.

«Il y a eu une bibitte dans le tas qui s’appelle Ken Pereira et ça a dérapé, a-t-il dit. Sans cette bibitte-là, on ne serait pas (en Cour) aujourd’hui.»

C’est à ce moment que le scandale des comptes de dépenses a éclaté et ceux qui ne s’en formalisaient pas ont alors poussé Dupuis vers la sortie, a déploré M. Pigeon.

Moralement douteux

M. Pigeon a toutefois tempéré ses propos, lors d’un contre-interrogatoire serré par Me Jacques Dagenais de la Couronne.

Le témoin a en effet été appelé à commenter certaines factures montrant des achats de bouteilles de vin allant jusqu’à 795 $.

«Ça peut être justifié, tout dépend de qui est en face de soi», a commenté M. Pigeon.

Or, il est déjà arrivé que des soupers entre membres de la FTQ-Construction soient arrosés de bouteilles de vin de plusieurs centaines de dollars.

«Dans ce cas, ce n’est pas moralement justifié», a concédé le témoin.

Le procès, qui se déroule devant le juge Denis Lavergne, se poursuit aujourd’hui. Me Jean-Daniel Debkoski de la défense a fait savoir que l’accusé n’avait aucunement l’intention de témoigner.

Ce qu’ils ont dit
«
C’était la structure établie et qui était connue de tous les directeurs. »

«
Les directeurs avaient une confiance aveugle en M. Dupuis. »
– Alain Pigeon,
ex-secrétaire du comité exécutif
«
Tout le monde semblait très bien vivre avec la façon d’agir de Jocelyn. »

«
Personne à la FTQ-Construction n’a porté plainte parce que c’était des choses normales. »
– Rénald Grondin,
ex-V.-P. du comité exécutif
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