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Remettre à plus tard, une habitude bien québécoise ?

Chronique Jacques Lanctôt
Photo Courtoisie Remettre à demain: Essai sur la permanence tranquille au Québec, Jonathan Livernois, Boréal.

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Curieusement, il y a un passage dans le livre de Jonathan Livernois qui m’a rappelé ce qui s’est passé lors de la dernière campagne électorale.

Curieusement, il y a un passage dans le livre de Jonathan Livernois qui m’a rappelé ce qui s’est passé lors de la dernière campagne électorale.

Nous sommes en 1848, dix ans après la défaite des rébellions. Papineau est revenu d’exil et veut reprendre le combat inachevé de 1837-1838. Il hésite cependant à se lancer de nouveau en politique. Chez les partisans de la conciliation et de l’ambivalence, on redoute toujours le terrible tribun qui risque de mêler les cartes. Alors, ses camarades de combat d’hier vont l’attaquer bassement.

Le député Wolfred Nelson, hier à la tête des patriotes qui infligèrent une défaite aux troupes britanniques à Saint-Denis, accusé de trahison puis exilé aux Bermudes en 1838, «reprend une rumeur déjà entendue, qu’il amplifie: Papineau a fui le matin de la bataille de Saint-Denis, 11 ans plus tôt. Le soi-disant héros a fait preuve de couardise. […] Nul doute qu’il ramènerait son peuple au bord du même précipice qu’en 1837.»

Sous-entendu: s’il était élu. Alors me reviennent les mots de François Legault, hier ministre influent au sein du Parti québécois, le parti des patriotes, en somme, martelant sans cesse une fausse rumeur: le Parti québécois, s’il revient au pouvoir, va se lancer dans un référendum, précipitant son peuple au bord du même précipice qu’en 1995. Tout était faux. Legault a fait de lui un Wolfred Nelson, sans les mérites d’une victoire militaire contre les Anglais.

Ce court essai de 148 pages pourrait être un livre pessimiste. C’est qu’il nous met le nez sur nos impuissances collectives, qui se traduisent toujours par des combats perdus d’avance. «Pourquoi plusieurs pans de notre passé et la mémoire que nous en gardons ressemblent-ils à des chantiers inachevés dont on a perdu le sens?» Qu’on pense aux rébellions et au combat inachevé de Louis-Joseph Papineau, au statut constitutionnel auquel le Québec n’a jamais adhéré, à la Révolution tranquille qui s’est abruptement terminée avec le retour de l’Union nationale, en 1966, aux cinq élections victorieuses du Parti québécois sans que le pays du Québec voie le jour, à la journée nationale des Patriotes, célébrée en mai, une date qui ne réfère à aucun fait d’armes précis desdits patriotes, et plus récemment au débat sur la laïcité. Sans parler des projets plus terre-à-terre, comme «le Stade olympique ou l’autoroute 13, qui ne s’est jamais rendue à Mirabel».

Province ou pays en attente? Canadiens ou Québécois ambivalents? Satisfait béat ou entrepreneur fonceur? Cet essai, écrit avant la tenue des élections, tombe à point pour faire notre post mortem, surtout qu’il se termine par un éloge de la littérature.

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