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Justice sur le web

Le web, s’il détruit parfois inutilement des réputations, sert aussi d’exutoire à des victimes

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L’humoriste qui ne faisait déjà pas rire tout le monde est maintenant le personnage de sa propre histoire judiciaire, avec quatre accusations criminelles qui pèsent désormais contre lui pour des faits relatifs à des contacts sexuels avec une mineure de moins de 16 ans et leurre.

L’humoriste qui ne faisait déjà pas rire tout le monde est maintenant le personnage de sa propre histoire judiciaire, avec quatre accusations criminelles qui pèsent désormais contre lui pour des faits relatifs à des contacts sexuels avec une mineure de moins de 16 ans et leurre.

Son arrestation et ces accusations sont les conséquences directes de l’intervention sur le web de la victime alléguée, qui a fait le choix de dénoncer les faits au moyen d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux dans laquelle elle faisait défiler des cartons où on pouvait lire, entre autres: «Après avoir abusé de moi, tu m'as donné 100 $ pour prendre un taxi. Je me suis sentie comme une pute».

À l’époque des faits allégués, il y a environ deux ans, la jeune fille de 15 ans avait refusé que ses parents portent plainte, disant qu’elle avait peur. Alors, pourquoi une telle «sortie» maintenant, en utilisant ainsi le web? Poser la question, c’est surtout s’interroger sur la vision qu’ont certaines personnes du système judiciaire et du fait de devoir déposer une plainte. Un processus qui ­apparaît bien souvent comme une ­véritable épreuve pour les victimes qui ont le sentiment de devoir «affronter» la justice après avoir vécu l’humiliation d’une agression.

Souffrances et griefs

Malgré le soutien d’associations qui interviennent, parfois sur le web, dès le début des dossiers pour aider et entourer les victimes dans ce processus parfois long et douloureux, internet semble de plus en plus souvent considéré, en particulier par les jeunes générations, comme le moyen d’exprimer aussi ses souffrances et ses griefs. Indiscutablement, il y a là, pour la justice et les forces de l’ordre en général, de quoi se poser des questions sur le choix de cet autre moyen de dénoncer un agresseur.

Exemple flagrant de ce nouveau courant, la plateforme web «Je suis indestructible», sur laquelle des gens peuvent venir raconter, sous la forme d’un texte, dessin, image ou poème, les agressions dont ils ou elles ont été victimes. Un site web sur lequel on s’adresse souvent directement à son agresseur en rappelant les faits et où on donne parfois assez de détails pour qu’il soit même identifiable.

Certains pointent du doigt les dangers de ces dénonciations et le risque d’atteinte à la réputation si elles sont fausses ou infondées. Pourtant, le mouvement semble prendre de l’ampleur et le web, s’il détruit parfois inutilement des réputations, sert aussi d’exutoire à des victimes qui ne trouvent pas leur chemin à travers les dédales complexes du système judiciaire. Un système coûteux et long qui n’est plus désormais considéré comme l’unique moyen d’obtenir justice.

Signe des temps, mais aussi juste retour des choses quand on sait que le web est aussi «l’outil» des agresseurs sexuels.

Pour revenir à Gab Roy, voici donc une affaire qui prend la forme d’une morale évangélique pour un homme qui se dit lui-même être loin d’être un saint: qui s’élève par le web, périra par le web.

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