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La télé dans la mire

Tous ces gros mots sont-ils nécessaires ?

André Sauvé
Photo d’archives

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Mike Ward, Peter McLeod, Cathy Gauthier, Jean-François Mercier vous feraient-ils rire autant s’ils décidaient d’un moratoire sur tous les gros mots dont ils émaillent leurs textes? Auriez-vous regardé Unité 9, Série noire et Les Bougons sans les sacres que lancent les personnages à chaque occasion? Les galas Juste pour rire, qu’ils soient en salle ou à la télé, doivent-ils pour garantir leur succès être des festivals de joual, de jurons et de blagues en bas de la ceinture?

Mike Ward, Peter McLeod, Cathy Gauthier, Jean-François Mercier vous feraient-ils rire autant s’ils décidaient d’un moratoire sur tous les gros mots dont ils émaillent leurs textes? Auriez-vous regardé Unité 9, Série noire et Les Bougons sans les sacres que lancent les personnages à chaque occasion? Les galas Juste pour rire, qu’ils soient en salle ou à la télé, doivent-ils pour garantir leur succès être des festivals de joual, de jurons et de blagues en bas de la ceinture?

Si vous répondez oui à toutes ces questions, expliquez-moi pourquoi André Sauvé fut le grand gagnant du dernier gala Les Olivier? Dites-moi pourquoi vous ne vous lassez pas de Fred Pellerin, qui peut se coucher chaque soir sans avoir à se laver la langue à l’eau de Javel?

Yvon Deschamps, Clémence Desrochers, Ding et Dong, les Cyniques et quelques autres comptent parmi les meilleurs humoristes que nous ayons eus au Québec. Aucun ne sentait le besoin de sacrer et d’employer un langage de charretier. En France, Guy Bedos, Raymond Devos, Pierre Dac, Robert Lamoureux et combien d’autres ont fait rire des générations de Français avec des blagues fines et une langue qui n’était pas celle des ruelles.

UNE DÉRIVE RÉCENTE

La dérive de nos humoristes et de nos auteurs­­ de comédies et de téléromans est récente. Sous prétexte d’être plus réalistes, d’être davantage en accord avec leurs contemporains, de mieux refléter le Québec­­, ils multiplient les sacres, versent dans la vulgarité et le pipi caca.

En 1959, en association avec Weekend Magazine­­, Pierre Gascon a créé le maga­zine Perspectives. Il était distribué par tous les quotidiens français du Québec, en plus de L’Évangéline, au Nouveau-Brunswick. Deux ans plus tard, Gascon m’a invité à écrire une chronique humoristique hebdomadaire. Je lui ai demandé s’il y avait des sujets dont je ne pouvais pas parler. «Tu peux parler de tout, m’a-t-il répondu, sauf de religion, de politique et de sexe.» J’ai failli lui demander ce qu’il me restait pour faire rire les lecteurs, mais j’ai décidé de faire un effort et de me mettre à la tâche.

25 ANS SANS SEXE

La chronique a duré presque un quart de siècle. Elle s’est arrêtée avec la mort du magazine­­ au début des années 1980. Aujourd’hui, plus de 30 ans après, il se passe rarement une semaine sans qu’on me parle de cette chronique d’humour. Pourtant, j’ai obéi tout au long à l’interdiction de faire rire en parlant de religion et de politique. Mieux encore­­, je n’y ai jamais parlé de sexe!

Aujourd’hui, si on imposait les mêmes contraintes à un auteur ou à un humoriste, il crierait à la censure. C’est d’ailleurs pour ne pas être accusés de censure que les responsables de Radio-Canada ferment les yeux sur des scènes qui frisent l’obscénité et des propos qu’on ne devrait jamais entendre dans un média de masse comme la télévision.

MOSCOU LAVE SA LANGUE

En Russie, le 1er juillet, à moins d’un changement de dernière minute, une loi entrera en vigueur interdisant les sacres et les blasphèmes et tout langage obscène à la télévision, au cinéma, au théâtre, dans les spectacles d’humour et de variétés. Les films qui comportent du langage obscène, comme Le loup de Wall Street, par exemple, n’auront plus de visa et ne pourront être projetés dans des salles. On pourra seulement les distribuer en DVD avec une notice­­ prévenant qu’ils contiennent des obscénités. Même chose pour les livres.

Dans ce que l’état appelle un «effort pour redonner à la langue russe ses lettres de noblesse», la loi prévoit une amende de 75 $ pour quiconque blasphème ou sacre en public. Même les fonctionnaires seront mis à l’amende s’ils jurent. Une peine de 1500 $ sera imposée à tout commerce qui fait de la publicité offensante ou dont le personnel se permet un langage obscène avec la clientèle. S’il y a récidive, le commerce peut perdre son permis d’exploitation pour trois mois.

J’entends d’ici le tollé si notre gouvernement décidait de donner à la loi 101 des dents aussi pointues. Quant à la révolte du milieu culturel, elle serait homérique. Sous prétexte d’épurer la langue et la culture russe, c’est une véritable censure qu’impose Moscou.

Il a fallu quelques décennies au Québec pour nous débarrasser de la censure qui pesait sur le cinéma. Il serait hors de question qu’on en impose une nouvelle et qu’on l’étende en plus à la télévision et aux autres manifestations culturelles. N’empêche qu’auteurs et artistes auraient intérêt à réfléchir à la responsabilité qu’ils ont à l’égard de la langue et de la culture. L’une et l’autre valent bien qu’on s’impose quelques contraintes.

 

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