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Vers une civilisation mortifère ?

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Sur le plan économique, le nouveau gouvernement tient, pour l’instant du moins, un discours intéressant. En revanche, il a perdu définitivement le capital de sympathie que j’avais pour lui en déposant le projet de Loi 52, baptisé Loi concernant les soins de fin de vie.

Sur le plan économique, le nouveau gouvernement tient, pour l’instant du moins, un discours intéressant. En revanche, il a perdu définitivement le capital de sympathie que j’avais pour lui en déposant le projet de Loi 52, baptisé Loi concernant les soins de fin de vie.

C’est que, voyez-vous, l’expression «soins de fin de vie» est une hypocrisie lexicale. Soigneusement choisie pour inspirée la bienveillance, elle farde qu’il s’agit réellement d’institutionnaliser l’euthanasie. Elle prétend vouloir permettre aux malades de mourir dans la dignité, mais elle vise véritablement à permettre à l’État de tuer dans la légalité.

J’exagère? Le texte de loi contient 70 articles étalés sur 20 pages. Il détermine essentiellement les exigences bureaucratiques des médecins et des établissements offrant l’injection létale. Il met l’emphase sur la technique, mais rien ne traite de l’éthique. À cet égard, l’article 26, paragraphe 4 est si imprécis qu’il pourrait s’appliquer à une infinité de situations. Plus précisément, le texte stipule qu’une personne peut demander l’euthanasie si «elle éprouve des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle juge tolérables».

Sensation subjective

Or, la douleur est une sensation extrêmement subjective, surtout lorsqu’elle est de nature psychique. Ainsi, dès l’instant où tuer deviendra acceptable, voire légitime, les critères donnant droit à l’injection létale pourraient s’assouplir de manière aussi dangereuse qu’immorale. Au nom de l’équité, de l’égalité des droits et de la «compassion», les législateurs ne devront-ils pas rapidement autoriser l’euthanasie aux personnes handicapées, à celles qui souffrent de maladies chroniques, dégénératives ou mentales, et à celles atteintes de troubles génétiques? Et pourquoi pas également à celles qui n’ont simplement pas envie de vivre pour des raisons qui leur sont propres, mais qui considèrent que leurs souffrances sont insupportables? Après tout, comment pourra-t-on justifier qu’il soit acceptable d’apaiser la douleur des uns tout en restant insensible à celle des autres?

Effets pervers

Il faut aussi réfléchir sérieusement aux effets pervers que cette loi pourrait avoir. Considérant qu’une injection de morphine est infiniment plus économique que d’offrir de longs mois de soins palliatifs, ne deviendra-t-il pas immensément tentant pour le système de santé de mal soulager les malades pour les pousser à choisir l’injection létale, et ainsi réduire les coûts et libérer rapidement des lits? Cette possibilité est bien réelle, et il est inconcevable et inquiétant que cette dérive probable ne soit jamais soulevée par la classe politique censée débattre de cette loi. À moins, évidemment, que l’euthanasie ne s’inscrive dans le plan comptable de l’État!

Angèle Arsenault chantait: «Je veux toute toute toute la vivre ma vie». Je pense qu’elle exprimait la pensée de tous. Fondamentalement, personne ne veut mourir. La mort n’est envisagée que pour échapper à la douleur, et non à la vie. C’est donc à la douleur qu’il faut s’attaquer, et à rien d’autre! Éliminer, ce n’est pas soulager. Halte à la civilisation mortifère!

 
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