/finance/business
Navigation
Privatisation de la vente d'alcool

De l’alcool à prix imbattable

La privatisation de la vente d’alcool, en Alberta, a accru la concurrence au bénéfice des consommateurs

Coup d'oeil sur cet article

La privatisation de la vente d’alcool en Alberta a permis d’offrir des vins à des prix imbattables, a constaté Le Journal, lors d’une récente visite.

La privatisation de la vente d’alcool en Alberta a permis d’offrir des vins à des prix imbattables, a constaté Le Journal, lors d’une récente visite.

Alors que le débat sur la privation des sociétés d’État vient d’être relancé au Québec, la disparition du monopole de la vente d’alcool, en Alberta, a permis de multiplier les points de vente et le nombre de produits offerts.

Sur la célèbre Jasper Avenue, en plein cœur du centre-ville d’Edmonton, on constate que la compétition est féroce pour vendre de l’alcool.

En sept coins de rue, Le Journal a dénombré pas moins de cinq liquor stores appartenant à cinq propriétaires différents.

«La compétition est forte. Il faut donc se démarquer avec des produits uniques pour attirer nos clients», souligne la copropriétaire du populaire caviste de Vine Wines & Spirit, Annabelle Evaristo.

Explosion du nombre de liquor stores

Depuis la privatisation du monopole d’État menée sous le gouvernement de Ralph Klein, en 1993, n’importe qui peut vendre de l’alcool en Alberta.

Le nombre de liquor stores a ainsi explosé au cours des 20 dernières années, passant de 200 magasins à plus 1 330 alors que plus de 19 000 produits sont disponibles.

«Le chaos annoncé n’a jamais eu lieu. La libre entreprise permet aux consommateurs d’avoir de meilleurs prix. Si un produit n’est pas disponible, on le commande pour vous. Ici, personne ne décide à votre place quoi boire», lance la présidente de l’Alberta Liquor Store Association (ALSA), Yvonne Martinez, rencontrée dans ses bureaux de la 50e Rue.

La porte-parole des détaillants d’alcool soutient que le modèle albertain répond plus que jamais aux attentes des consommateurs albertains.

Un récent sondage mené par l’Alberta Gaming and Liquor Commission révèle d’ailleurs que 83 % des Albertains se disent satisfaits de leur réseau de liquor stores.

Et contrairement aux idées reçues, le réseau — qui dépasse les 1300 établissements — est détenu majoritairement (75 %) par des propriétaires indépendants.

La plus grande chaîne de magasins, Liquor Depot, qui est cotée à la Bourse de Toronto, détient 175 établissements en Alberta.

Transparence et égalité

À la différence du Québec, où la transparence de la SAQ est souvent remise en question notamment sur les prix et ses étonnantes marges bénéficiaires, le système albertain est limpide.

Les détaillants ont accès à tous les mêmes produits disponibles (aux mêmes prix) émis par les agences, peu importe si l’on possède un seul, 10 ou 100 magasins.

C’est une firme privée (Connect Logistics), choisie par la province de l’Alberta, qui s’assure des commandes auprès des fournisseurs.

Pour chaque bouteille de vin de 750 ml (peu importe le prix vendu) en Alberta, la province touche une taxe unique (appelé également flat mark-up) de 3,45 $.

Il faut dire que les ventes de vins en Alberta ne représentent que 30 % des ventes totales des liquor stores.

L’an dernier, la province de l’Alberta a perçu 730 millions de dollars en taxes sur les revenus générés par la vente d’alcool estimée à plus de 2 milliards de dollars.


 

On vend aussi du whisky à 17 995$ la bouteille

EDMONTON | Pour gagner de nouveaux clients, certains propriétaires de liquor stores de l’Alberta se montrent très compétitifs.

Ainsi, en se promenant d’un établissement à un autre dans la capitale albertaine, on constate des écarts de prix importants pour la même bouteille de vin.

Par exemple, la bouteille du populaire vin rouge californien Apothic a été aperçue tantôt à 17,99 $, tantôt à 13,99 $.

Toutefois, l’épicier ontarien Loblaws, qui possède la chaîne Real Canadian Liquorstore en Alberta, affiche des prix défiant toute compétition. Lors de notre passage, le vin Apothic était offert à 11,99 $.

Plusieurs autres bouteilles de vin étaient également en vente à des prix très attirants (voire tableau). De quoi faire rougir la SAQ.

Des spécialités

Sur la rue Kingsway, au nord de la ville, le liquor store Chateau Louis vend évidemment de la bière et du vin, mais aussi beaucoup de whiskey et de scotch, les spécialités de la maison.

Lors du passage du Journal, ce liquor store offrait même une bouteille de whisky écossais à plus de 17 995 $.

«Je travaille pour mes clients. Nous misons beaucoup sur le service après-vente, les produits et les conseils pour nous démarquer de la compétition», signale le propriétaire du Chateau Louis, Adam Koziak.

Pour faire tourner son commerce ouvert tous les soirs de la semaine jusqu’à 22 h et les fins de semaine jusqu’à 20 h, Adam Koziak embauche une dizaine d’employés.

«Des passionnés qui aiment leur boulot et qui n’hésitent pas à recommander leurs coups de cœur», assure-t-il

 


 

L’Alberta a perdu 1,5 G$ en revenus

L’augmentation importante du nombre de liquor stores depuis 1993 en Alberta ne fait pas que des heureux.

Le professeur retraité de l’Université de Lethbridge, Greg Flanagan, a aussi son lot de critiques à formuler.

«Les prix de l’alcool ont beaucoup augmenté [par rapport à ce que l’on payait avant] alors que l’État s’est privé d’importantes sources de revenus», a-t-il indiqué au Journal.

M. Flanagan, qui a dirigé une étude pour le compte du Parkland Institute de Calgary, soutient que les recettes fiscales non ajustées à l’inflation ont fait perdre 1,5 milliard $ de revenus au gouvernement albertain depuis 20 ans.

Alcool chez les mineurs

La multiplication des points de vente et des heures d’ouverture — notamment en milieu urbain — a aussi eu pour effet, selon lui, de faire bondir la consommation d’alcool auprès des mineurs.

D’après une étude de l’IRIS réalisée il y a quelques années, ce sont les employés qui ont véritablement perdu le plus à la suite de la privatisation en Alberta.

Le taux horaire moyen aurait connu une baisse de 36 % en deux ans seulement. En considérant la perte des avantages sociaux, la diminution de la rémunération aurait été de l’ordre de 50 %.

Commentaires