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Vente d’alcool

Privatiser la SAQ pourrait être payant

L’idée ne fait toutefois pas l’unanimité chez les économistes, certains s’y opposant ou préférant la réformer

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Alors que l’écart de prix se creuse davantage entre le Québec et l’Ontario et que l’État québécois cherche de nouvelles sources de revenus, des voix s’élèvent pour la privatisation de la SAQ.

Alors que l’écart de prix se creuse davantage entre le Québec et l’Ontario et que l’État québécois cherche de nouvelles sources de revenus, des voix s’élèvent pour la privatisation de la SAQ.

«Le secteur privé serait certainement plus efficace que l’énorme structure actuelle de la SAQ. Et ça rapporterait beaucoup plus d’argent dans les coffres de l’État», fait valoir l’économiste Youri Chassin, de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Selon lui, une taxe imposée sur chaque bouteille vendue rapporterait davantage que les risques liés à l’exploitation de magasins, d’entrepôts, de conventions collectives et de lourds inventaires.

Le Québec ne serait surtout pas la première province canadienne à privatiser son commerce de l’alcool. L’Alberta l’a fait il y a 20 ans alors que l’Ontario étudie toujours cette possibilité.

Il faut dire que depuis la privatisation du monopole albertain en 1993, le nombre de magasins (appelés liquor store) a littéralement explosé, passant de 200 à plus de 1300 établissements, a révélé Le Journal dans son édition de mardi.

Selon l’IEDM, une privatisation de la SAQ pourrait justifier la présence de plus de 2500 points de vente en sol québécois.

«Ce qui ferait bondir les revenus issus de la vente d’alcool tout en créant de nouveaux emplois», explique Youri Chassin.

En créant de la compétition, la variété des produits disponibles bondirait également, selon l’IDEM. Les magasins albertains comptent plus de 19 000 produits en disponibilité en ce moment comparativement à 11 500 au Québec.

Solution mixte ?

Le professeur en économie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQAR) Frédéric Laurin croit que l’implantation d’un système mixte est la meilleure solution pour le Québec.

«Tout en maintenant le réseau de la SAQ, il faut ouvrir le marché à des petites boutiques exploitées par des cavistes. On créerait ainsi de la compétition et cela ferait baisser les prix d’au moins 30 %», assure-t-il.

Selon ses calculs, cette ouverture à des petits joueurs permettrait au gouvernement d’encaisser des revenus supplémentaires significatifs, soit entre 400 et 750 millions $ par année.

Critique de vins au Journal, Claude Langlois pense lui-aussi que le marché québécois de la vente de vin est mûr pour accueillir la concurrence.

«On pourrait permettre aux agences qui importent déjà des vins d’avoir pignon sur rue. Ça augmenterait le choix et la compétition», plaide-t-il.

Explosion des prix

«Privatiser la SAQ, c’est une très mauvaise idée», affirme pour sa part le chercheur de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) Simon Tremblay-Pépin.

Citant une étude du Parkland Institute de Calgary, il prétend que la privatisation de la société des alcools de l’Alberta est plutôt un échec.

Les prix des bouteilles d’alcool auraient notamment augmenté de 67 % en Alberta entre 1993 et 2013 contre seulement 23 % au Québec et 32 % dans l’ensemble du Canada.

Le Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ (SEMB) s’affiche également contre la privatisation.

Il fait valoir que la privatisation aurait surtout un effet important à la baisse sur les salaires versés aux employés des nouveaux commerces liés à la vente d’alcool.


 

Nos voisins risquent de le faire avant nous

Si les conservateurs sont élus en Ontario le 12 juin, leur chef Tim Hudak promet de mettre fin au monopole de la LCBO. «En laissant entrer le secteur privé dans la vente d’alcool, nous aurons davantage de compétition», a-t-il laissé entendre en campagne électorale.

Le chef conservateur croit que les dépanneurs et les épiceries ontariens pourraient vendre également de l’alcool. Ce qui devrait rapporter davantage dans les coffres de l’État ontarien. L’an dernier, la LCBO a généré un profit net de 1,6 milliard $ alors que la province a déclaré un déficit de 14,4 milliards $.

PROJET PILOTE

Reste que d’ici quelques mois, les Ontariens pourront acheter des bouteilles de vins et de spiritueux de la LCBO dans certaines épiceries. Le gouvernement ontarien a autorisé un projet pilote permettant à la LCBO d’ouvrir 10 magasins Express dans 10 marchés d’alimentation.

Contrairement au Québec où la vente de vins et de bière est autorisée dans les épiceries, l’Ontario ne permet toujours pas ce type de commerce dans les supermarchés.


 

Le ministre des Finances n’est pas chaud à l’idée


La privatisation de la vente d’alcool au Québec n’est pas dans l’intérêt des consommateurs, estime Carlos Leitao. Si les Albertains paient moins cher leur pinard, c’est parce qu’ils ne paient pas de taxe de vente, insiste le ministre des Finances.

«Je pense qu’une bonne partie de l’explication de la différence de prix, c’est au niveau des taxes, réplique le ministre Leitao. Je ne suis pas sûr qu’il y a une si grande différence, quand on prend en considération qu’en Alberta, il n’y a pas de taxe de vente».
Intérêt des consommateurs

Il y a quelques semaines, les économistes Luc Godbout et Claude Montmarquette ont suggéré au gouvernement Couillard de privatiser partiellement la SAQ. Selon eux, la vente d’actifs permettrait de réduire la dette.

S’il a pris note de la recommandation, Carlos Leitao n’est pas chaud à l’idée. «Personnellement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée, à court terme dans tous les cas, on ne pourrait pas le faire à court terme, plaide-t-il. Si on privatise un monopole, à mon avis, ça ne donne absolument rien, c’est contre les intérêts des consommateurs».

— Geneviève Lajoie | Bureau parlementaire

 

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