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Du « grand fiou » à la transition

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Vous êtes ministre des Finances et vous annoncez à grands cris une catastrophe à venir. Lorsque vous présentez finalement des changements plus timides, tout le monde pousse un grand «Fiou!» de soulagement: on l’a échappé belle. Personne ne porte alors attention aux transformations bien réelles en cours. De toute évidence, Carlos Leitao connaît bien cette stratégie baptisée «le grand fiou» par le groupe d’humoristes Les Zapartistes.

Vous êtes ministre des Finances et vous annoncez à grands cris une catastrophe à venir. Lorsque vous présentez finalement des changements plus timides, tout le monde pousse un grand «Fiou!» de soulagement: on l’a échappé belle. Personne ne porte alors attention aux transformations bien réelles en cours. De toute évidence, Carlos Leitao connaît bien cette stratégie baptisée «le grand fiou» par le groupe d’humoristes Les Zapartistes.

Pour le budget 2014, le mécanisme était bien ficelé: des économistes réputés d’abord, ensuite le vérificateur général la veille du budget, des séries d’articles depuis deux semaines: une chorale de cris d’alarme. Au cœur de la stratégie, une nouvelle donnée jamais publiée dans les budgets: le coût de reconduction des programmes. Qu’est-ce que c’est? Tout simplement les demandes des ministères au Conseil du Trésor. On voulait, nous dit-on, nous informer des choix difficiles qu’allait devoir faire le gouvernement. On omettait d’ajouter: comme il le fait chaque année.

Des sacrifices à venir

Le processus budgétaire, c’est de la politique. Chaque ministère demande plus d’argent et le Conseil du Trésor tranche. Il faut comprendre que le gonflement des demandes peut faire partie des stratégies des ministères. C’est de bonne guerre, mais que signifie alors le «coût de reconduction des programmes»? Pour le débat public, rien du tout. C’est en fait une nuisance. Une distraction qui donne aux ministres la marge de faire ce qui leur plaît.

Donc, après nous avoir annoncé une montagne de compressions à venir, le budget de mercredi paraît plutôt tendre et sans grand bouleversement. Cependant, se contenter de ce jugement superficiel, c’est refuser de voir ce qui s’en vient. Le message du budget 2014 est pourtant très clair: la vraie transition sera opérée en 2015. Les programmes, les services et la fiscalité seront révisés. La croissance globale des dépenses de l’État atteindra un creux historique à 0,7 %, ce qui signifiera des compressions importantes dans la plupart des ministères. Il est à prévoir que rendu là, la croissance des revenus ne sera pas au rendez-vous, ce qui exigera encore plus de sacrifices. C’est la boucle de l’austérité-stagnation: le peu de stimulation perpétue la morosité économique, celle-ci fait diminuer les revenus, ce qui amène le gouvernement à couper davantage et ainsi de suite...

À petit feu

Arrive enfin la vraie question: pourquoi s’entêter à prescrire un médicament qui tue le patient à petit feu? Pour des raisons purement électorales. D’abord, dire que le gouvernement gère l’État «en bon père de famille» satisfait une tranche importante d’électeurs et d’électrices qui se fait répéter depuis des années que nous vivons au-dessus de nos moyens. Ensuite, parce que si l’austérité freine la croissance économique du Québec, celle-ci est de moins en moins importante pour les plus fortunés dont les revenus proviennent de l’économie financière. Bref, comme les gens qui élisent et ceux qui financent le parti au pouvoir soutiennent l’austérité, nous avalerons collectivement son poison encore longtemps.

 

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