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Prostitution, la face cachée de l’iceberg

Je crains que, finalement, on se trompe de cible

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J’avoue ne pas avoir consulté de statistiques ou d’études récentes en la matière et je fonde ici mon point de vue uniquement sur une expérience empirique. Ceci étant, j’ai connu la plupart des milieux liés à la prostitution puisque j’ai débuté en tant que jeune policier dans le quartier de Pigalle, «haut lieu» du tourisme sexuel à Paris.

J’avoue ne pas avoir consulté de statistiques ou d’études récentes en la matière et je fonde ici mon point de vue uniquement sur une expérience empirique. Ceci étant, j’ai connu la plupart des milieux liés à la prostitution puisque j’ai débuté en tant que jeune policier dans le quartier de Pigalle, «haut lieu» du tourisme sexuel à Paris.

S’y trouvaient les clubs de danseuses dans lesquels se déversaient chaque jour des autocars entiers de touristes japonais, mais aussi les boulevards sur lesquels travaillaient de pauvres filles toxicomanes et, pour la plupart, immigrées. Un monde dans lequel les escortes croisaient aux premières lueurs de l’aube les laborieuses des grands boulevards ou encore les travelos qui revenaient des beaux quartiers. Un monde interlope. Un monde qui n’existerait pas sans clients. Pas non plus sans leur argent. Sans leur goût pour la chair plus ou moins fraîche.

Et c’est justement là que les législateurs de plusieurs pays ont décidé de frapper en criminalisant le recours par les clients à la prostitution.

On comprend que, comme souvent, les lois frappent la partie la plus large de la cible, le point le plus apparent du problème. Le plus moralement répréhensible aussi? La question se pose certainement.

Bref, on frappe sur le client, car il ne se cache guère, il est facile à trouver et il fera un bon condamné. Est-ce que, ce faisant, on s’attaque à la véritable nature du problème? J’en doute.

Les réseaux

Que la prostitution soit une problématique qui touche à l’exploitation des femmes par des réseaux, c’est incontestable. Que certaines femmes et certains hommes monnayent leur corps en dehors de toute contrainte, cela arrive aussi. Personnellement, je ne suis pas capable de quantifier la proportion de l’une ou l’autre de ces filières du commerce de la chair, même si j’ai tendance à penser que les réseaux d’exploitation sont majoritaires dans le domaine.

Pourtant, je crois qu’en frappant dans la portion la plus visible de la cible, on va envoyer le signal que les clients sont à la fois le problème et la solution au phénomène de la prostitution.

Ce qui est faux.

Le problème principal est celui de l’exploitation de jeunes femmes par des réseaux criminels, celui de la traite des êtres humains qui génère des milliards de dollars à travers le monde chaque année. Et ce qui m’inquiète dans la stratégie définie ici, c’est que l’on ne se concentre pas justement sur ces réseaux. Dans le monde de la porno ou du sexe tarifé, quel qu’il soit, on vend son corps pour de l’argent.

Les clients seront-ils poursuivis aussi dans ce secteur du commerce du sexe?

Je crains que, finalement, on se trompe de cible en ne visant que la partie apparente de l’iceberg. Car, si la lutte contre l’exploitation des êtres humains est la véritable cible, pourquoi viser l’échange de «services» entre adultes consentants plutôt que les réseaux criminels qui régissent cet univers?

 

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