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Le Canada sous les tropiques

Le Canada sous les tropiques
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L’idée de compter comme 11e province canadienne cet archipel d’une trentaine d’îles situé dans les Antilles, à proximité des Bahamas et de Cuba, ne date pas d’hier. Elle a été évoquée pour la première fois en 1917 par le premier ministre canadien de l’époque, Robert Borden.

L’idée de compter comme 11e province canadienne cet archipel d’une trentaine d’îles situé dans les Antilles, à proximité des Bahamas et de Cuba, ne date pas d’hier. Elle a été évoquée pour la première fois en 1917 par le premier ministre canadien de l’époque, Robert Borden.

Le projet quasi centenaire a depuis continué en vain à faire son chemin jusqu’au Parlement, tantôt dans les rangs du NPD, tantôt au sein des conservateurs, se rendant même jusqu’à la Chambre haute.

Plus récemment, la question a de nouveau été soulevée lors du passage à Ottawa, le mois dernier, du premier ministre des îles Turks et Caïcos, Rufus Ewing. Il semble toutefois que le Canada et le territoire britannique outremer de 30 000 habitants ne soient pas encore prêts à envisager une demande en mariage en bonne et due forme.

Une «forme de relation»

À l’occasion de cette visite, le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, a déclaré aux médias que la question «d’avoir une relation plus formelle avec les îles» n’était pas sur la table.

«Nous souhaitons renforcer nos relations avec les gens à travers les Amériques», a-t-il toutefois précisé.

Plus équivoque, le premier ministre Ewing a pour sa part indiqué qu’il ne «fermait pas la porte complètement» à une possible annexion avec le Canada. Il a toutefois précisé vouloir développer une «forme de relation» avec le Canada.

«Je ne peux pas dire quelle forme de relation cela sera. Le plus que je puisse dire actuellement, c’est que c’est une relation solide le plus possible sur le plan socioéconomique. Je ne peux aller au-delà de cela», a-t-il commenté lorsqu’il a été questionné à ce sujet par la presse parlementaire.

Avis divergents

Même si un membre de sa formation politique avait entrepris des démarches il y a une quarantaine d’années pour annexer les îles au Canada, le chef du NPD, Thomas Mulcair, juge cette idée pas très sérieuse.

«Vous me posez la question au mois de février, comme beaucoup de Canadiens, je serais sans doute (prêt) à annexer les îles», a-t-il lancé. «Je pense qu’il faut réaliser que c’est avec un sourire que les gens font cette proposition-là», a-t-il poursuivi.

Le député conservateur d’Edmonton-Est, Peter Goldring, voit cependant les choses d’un autre œil, lui qui en 2004 avait présenté une motion aux Communes dans l’espoir de voir s’agrandir le pays jusqu’à l’archipel.

Le vétéran de la politique n’a d’ailleurs toujours pas abandonné son rêve de voir un jour une 11e province bordée de sable blanc et de palmiers faire partie des paysages cartes postales du Canada. Il a d’ailleurs joué un rôle dans l’organisation de la visite du premier ministre antillais à Ottawa en mai dernier pour parler de tourisme.

Décision stratégique

M. Goldring fait valoir que les îles Turks et Caïcos se trouvent aux portes de tout le marché des Antilles et de l’Amérique du Sud. Le statut de province à part entière augmenterait, selon lui, l’influence du Canada dans cette région.

Le député est d’avis que sur le plan stratégique, la mise sur pied d’un port de transbordement là-bas permettrait d’y faire transiter les biens et services canadiens lesquels, dit-il, sont quasi absents dans les Antilles, même si les Canadiens y convergent par milliers chaque année.

«Ils ont une population de 30 000 habitants et ne peuvent se permettre de développer un tel port», dit-il. Il croit que les ports d’expédition de Montréal et des Maritimes pourraient en profiter et ainsi accéder à un marché de 100 millions de personnes dans les Antilles.


 

Une étude sénatoriale concluait à la prudence

L’annexion des îles Turks et Caïcos au Canada a fait l’objet d’au moins deux études parlementaires plutôt frileuses à l’idée de voir le projet se concrétiser.

Le comité sénatorial des affaires étrangères avait conclu à la «prudence» dans un rapport rendu public en 1987. On y craignait entre autres l’image que le Canada projetterait à l’étranger.

«Le Canada n’a pas de passé colonial et toute initiative de sa part en ce sens pourrait, même après l’élection d’un nouveau gouvernement dans les îles, donner à l’étranger une fausse impression quant à sa position sur le plan international», concluaient les sénateurs.

Le comité recommandait alors au gouvernement de s’abstenir de toute initiative en ce sens, et ce, même en vue de former une association politique ou
économique.

Pas aussi simple

Un comité formé de membres du caucus progressiste-conservateur avait également conclu, durant la même année, qu’il serait «des plus inopportuns» pour le gouvernement canadien d’entreprendre des négociations visant une
association politique ou économique avec les îles Turks et Caïcos.

«Si l’idée d’une place canadienne au soleil plaît aux gens, toute association en bonne et due forme avec les îles, en revanche, n’est pas aussi simple qu’il y paraît», avait déclaré dans un communiqué le président du comité et
ex-député David Daubney.

Treize aspects avaient été analysés dans le cadre de cette étude, dont les relations internationales, l’immigration, le commerce et les douanes, les questions constitutionnelles et juridiques, les devises et banques, la santé, etc.

On estimait alors que cette association comportait des «avantages limités» pour le Canada. On préconisait plutôt d’accroître de manière substantielle l’aide étrangère versée aux îles, y compris en matière d’éducation, et on encourageait le secteur privé canadien à envisager d’investir dans ces îles.

Indépendance du Québec

La question de la souveraineté du Québec avait par ailleurs été soulevée lors d’un débat aux Communes, en novembre 1976, dans le cadre de l’étude du projet de loi sur la possible annexion des îles Turks et Caïcos, que parrainait l’ex-député néo-démocrate de l’Ontario, Max Saltsman.

«Je remarque avec plaisir que cette résolution a été déposée le 20 octobre 1976, soit avant que l’on connaisse le résultat des élections du 15 novembre dernier dans la province de Québec. Il est curieux de constater que certains Canadiens désirent semble-t-il, se séparer du Canada, et que des non-Canadiens désirent se joindre au plus beau pays du monde», avait alors lancé le secrétaire parlementaire du secrétaire d’État aux Affaires extérieures, Fernand Leblanc.

 

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