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Justice

Manque de femmes à la magistrature

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Photo Chris Wattie / Reuters Peter MacKay.

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OTTAWA – Le ministre de la Justice, Peter MacKay, a subi des attaques sur plusieurs fronts, jeudi, après avoir affirmé que les femmes ne postulent pas à la magistrature parce qu’elles entretiennent des liens plus étroits avec leurs enfants que les hommes.

«Elles possèdent (ce lien). Je crois qu’il n’y a aucun doute que, dans la très jeune enfance, les femmes ont un lien plus serré avec leurs enfants, a indiqué le ministre MacKay, jeudi, à Ottawa. Nous avons besoin de plus de femmes souhaitant devenir juges. C’est aussi simple que ça.»

Le ministre de la Justice a émis cette opinion au Parlement après avoir été interpellé par les journalistes qui voulaient en savoir davantage sur les propos qu’il a tenus à Toronto la semaine dernière, lors d’une réunion avec des avocats.

Selon le Toronto Star, Peter MacKay a indiqué qu’il manque de femmes et de personnes des minorités visibles sur les bancs, parce qu’elles ne postulent pas pour ces emplois. Il y aurait aussi, selon les propos rapportés par le Star, une crainte du «club des vieux garçons».

La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, a défait l’argument du ministre, soutenant qu’il a «une vision dépassée du couple et des femmes».

«Dire que les femmes ne sont pas disponibles pour des emplois de juges parce qu’elles veulent s’occuper de leurs jeunes enfants, c’est faire appel à de vieux stéréotypes qui n’ont plus aucun sens, a dénoncé Mme Miville-Dechêne. D’abord, les femmes juges sont souvent plus âgées, il faut de l’expérience pour devenir juge. Elles ont donc souvent élevé leur famille, et elles peuvent aussi composer entre leur famille et leurs activités professionnelles. Elles n’ont pas besoin d’un ministre pour leur dire comment faire, quoi faire et quoi prioriser», a déclaré Mme Miville-Dechêne en entrevue à TVA Nouvelles.

Le 13 juin, le ministre MacKay a annoncé trois nominations à la magistrature de la Cour fédérale, trois hommes.

La députée libérale de Toronto Centre, Chrystia Freeland, a demandé des excuses au ministre, l'accusant de chauvinisme masculin flagrant lors de la période de questions.

Peter MacKay a répliqué en disant que ses propos ont été «complètement mal interprétés».

«Comme fils, comme père, c’est la dernière chose que je ferais. Ce que j’ai dit est l’opposé, soit d’encourager plus de femmes à postuler», a rétorqué le ministre de la Justice, précisant que le gouvernement Harper a nommé 182 femmes à des postes de juges dans les cours supérieures et d’appel du pays depuis 2006.

Cela n’a pas empêché Françoise Boivin, porte-parole de l'opposition officielle en matière de Justice, d’écrire sur Twitter qu’elle ne comptait plus «le nombre de gaffes monumentales que fait ce ministre».

La députée néo-démocrate d’Alfred-Pellan, Rosane Doré Lefebvre, s’est dite choquée par les propos du ministre.

«C’est tellement un mauvais exemple pour les femmes qui veulent étudier en droit, qui veulent devenir juges ou, comme moi, qui veulent se porter candidate aux élections, a déploré la députée. J’ai eu une fille. Elle a 14 mois, et je suis retournée au travail assez rapidement. Je pense être capable de faire mon travail quand même», a-t-elle indiqué.

Quarante pour cent des juges à la Cour du Québec sont des femmes, selon le site web du tribunal. Moins du tiers (huit) des 28 juges de la Cour d’appel du Québec sont des femmes. La Cour fédérale compte 11 femmes parmi ses 36 juges.

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