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Culture et virage numérique — Tant que soufflera la tempête !

C’est une vague qui nous fera avaler la tasse si on ne sait pas surfer dessus

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En 2010-2011, la ministre libérale Christine St-Pierre tenait une vaste consultation des milieux culturels autour du virage numérique. Plus de 300 personnes ont été «déplacées» par les consultations du ministère, de la SODEC et du Conseil des arts et des lettres du Québec.

En 2010-2011, la ministre libérale Christine St-Pierre tenait une vaste consultation des milieux culturels autour du virage numérique. Plus de 300 personnes ont été «déplacées» par les consultations du ministère, de la SODEC et du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Après son élection de 2012, le Parti québécois avait quant à lui enterré le sujet. Maka Kotto avait annoncé une politique de la culture numérique calquée sur les travaux de l’ère libérale, la veille du déclenchement des élections. Trop peu et vraiment trop tard... Maintenant que les libéraux sont de retour, feront-ils ou non honneur à leurs propres motivations de 2010?

Car le risque, on le sait, c’est qu’on consulte, mais ne construisions pas.

Erreurs

Première erreur: On s’imagine que, pour construire, il faut d’abord acheter des matériaux — dépenser. Le virage numérique n’est pas une question de machines et de logiciels. Que le nouveau budget fasse état de sommes pour le virage numérique de la culture, c’est bien. Mais encore faut-il que ces sommes ne soient pas déjà toutes attachées à des frais fixes ou promises à des lobbys.

Seconde erreur: On considère le numérique comme un nouveau secteur économique potentiel. On l’envisage comme une option. Le virage numérique et le développement durable sont victimes du même mauvais traitement: pourtant, ce sont deux enjeux aux impacts globaux. Le virage numérique est inéluctable et c’est une vague qui nous fera avaler la tasse si on ne sait pas surfer dessus. Le Québec va reculer.

À preuve, l’industrie musicale, qui a perdu littéralement 60 % de sa valeur entre 1999 et aujourd’hui. Soulignons que, s’il s’agissait de la fermeture d’une ville minière d’une ampleur similaire, le gouvernement débloquerait un fonds de requalification de la main-d’œuvre ou de diversification. Les médias et l’opinion publique seraient à feu et à sang sur la question.

Conflit tribal

Plutôt que de chercher des solutions équitables pour l’ensemble de sa chaîne de valeur, l’industrie musicale fait désormais porter le poids de sa crise sur les artistes et créateurs à sa base même. Nous sommes ici en plein conflit tribal. Les multinationales du disque forcent actuellement les services de musique en flux numérique (streaming) à leur verser des avances et des minimums garantis pour accéder à leurs catalogues et empochent ces sommes sans les verser aux artistes qu’ils ont sous contrat. Les sommes sont considérées comme des recettes ne se qualifiant pas pour un partage! Ce comportement se répercute sur les acteurs indépendants québécois.

Pour construire, il n’est pas toujours nécessaire d’engager des fortunes. La communauté artistique est toujours prête à s’engager, à innover. Mais il faut accorder le respect qui se doit, tant à la problématique qu’aux acteurs qui peuvent la résoudre. Le gouvernement et les énoncés de politiques publiques sont des catalyseurs, des institutions qui ont d’abord le devoir de mobiliser, sans se substituer aux forces vives. Une politique numérique, c’est une démarche. C’est à la portée de n’importe quel gouvernement capable de faire ce que l’on attend véritablement de lui.

 

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