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Entrevue | Culturisme

La transformation de Fabiola Boulanger

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Avec leur musculature impressionnante, les culturistes semblent invincibles. Même s’ils sont forts, ils ne sont pas nécessairement athlétiques. Un jour, Fabiola Boulanger, en a eu marre de ne plus pouvoir courir avec son fils. « Mes muscles étaient si lourds que mes jambes ne pouvaient plus les supporter, alors, j’ai voulu me transformer. »

Avec leur musculature impressionnante, les culturistes semblent invincibles. Même s’ils sont forts, ils ne sont pas nécessairement athlétiques. Un jour, Fabiola Boulanger, en a eu marre de ne plus pouvoir courir avec son fils. « Mes muscles étaient si lourds que mes jambes ne pouvaient plus les supporter, alors, j’ai voulu me transformer. »

Pendant un an et demi, et à force d’efforts et de détermination, la championne canadienne de culturisme, qui vient de remporter la troisième position au NY Pro, a réussi à perdre la masse musculaire qu’elle avait acquise au fil des ans. Un défi énorme pour celle qui a dû réapprendre à s’entraîner et à s’alimenter.

Aujourd’hui, les résultats sont étonnants. Fabiola est plus petite, plus allongée, moins ronde, plus féminine diront certains.

Son objectif est maintenant d’être sélectionnée pour participer au célèbre Arnold Sports Festival, dans la catégorie physique, qui se tiendra en Ohio en février prochain.

Vous êtes championne canadienne de culturisme, mais, il y a un an et demi, vous avez décidé de transformer votre corps, pour pouvoir participer à d’autres types de compétition?

Après avoir remporté mon championnat en 2011, j’étais déterminée à poursuivre en culturisme, mais j’éprouvais de plus en plus de difficulté à vaquer à mes activités quotidiennes. J’ai un fils de 10 ans, William, et je n’arrivais plus à courir ou à jouer avec lui comme avant. Mon corps se fatiguait trop vite.

Difficile à croire. Vous êtes pourtant tout en muscles?

Avec la masse musculaire que nous portons, notre corps est très lourd. À l’époque, lorsque je faisais des compétitions de culturisme, je pesais 165livres, à 5 pieds 3 pouces. Alors, pour chaque activité, j’avais l’impression d’avoir un sac de 20 livres sur le dos. J’avais de la difficulté à me pencher pour mettre mes vêtements dans la sécheuse, ou attacher mes souliers. Je ne pouvais pas courir très longtemps, car ma colonne, mes genoux, mes chevilles ne soutenaient plus ce poids. Avec mon cellulaire, il fallait que je le change de main après 10 minutes, car mon biceps devenait gorgé de sang, même chose pour mes cuisses quand je faisais du vélo. Sur ma moto sport, mes doigts devenaient tout engourdis après seulement 15 minutes. Bref, le culturiste a une force indéniable, mais il n’est pas athlétique.

Vous deviez suivre un régime très serré également?

Oui, lorsque je sortais avec William pour faire une activité, je le faisais attendre soit pour boire de l’eau ou pour m’alimenter. Un culturiste doit suivre sa routine à la lettre pour ne pas avoir de perte en muscle, ce qui n’est pas toujours le cas pour d’autres disciplines.

Alors, je me suis demandé si je voulais garder mon esthétique de culturiste ou si je voulais plutôt vivre aisément ma vie quotidienne, sans avoir à me restreindre.

Cette décision a été prise surtout en pensant à votre fils?

Pour moi aussi. En septembre 2012, je suis allée au plus grand championnat mondial de culturisme pour travailler (Le Miss Olympia à Las Vegas), et j’ai vite constaté à quel point les femmes avec qui j’allais compétitionner étaient devenues énormes (185-190 livres) et avaient un visage vieilli, en raison des diètes qui les déshydratent. Je me suis alors dit que je ne voulais pas en arriver là. Que mon but était d’avoir un corps musclé, pas ultra musclé et qu’il y avait une limite à la grosseur que j’allais m’imposer.

Et vous avez décidé de laisser le culturisme pour vous adonner aux compétitions «physiques»?

C’est exact. Ce sont des compétitions qui demandent d’avoir environ 20 livres en moins de masse musculaire. Les poses sont différentes. L’esthétisme du corps est davantage pris en considération. Alors, depuis un an et demi, je travaille à ma transformation. Je suis passée d’un poids de compétition de 149 livres, à 137 livres. Ça n’a pas été facile. J’adore l’entraînement, il a fallu que j’arrête de soulever des poids pour me concentrer uniquement sur le cardio. Quant à mon alimentation, il a fallu que je mange moins du tiers de ce que je mangeais auparavant. C’était draconien, et je crevais de faim.

J’avais des maux de tête, je me sentais faible, fatiguée et souvent étourdie. Honnêtement, je ne savais plus qui j’étais. J’étais complètement perdue. J’avais l’impression de ne plus être moi-même, car je n’avais plus le droit de faire ce que j’aimais le plus au monde: m’entraîner. Lorsque j’ai repris l’entraînement, je devais soulever des charges minimales. J’en tremblais, tellement je me sentais comme une débutante. Maintenant, les séances d’entraînement sont raccourcies de plus de la moitié de ce que je faisais avant.

Avez-vous atteint votre objectif?

Oui, il est en voie d’être atteint. Mon objectif est de faire de la compétition à 132 livres. Je suis heureuse, il y a beaucoup de femmes culturistes qui ont tenté de faire ce changement, mais qui n’ont pas réussi à le faire. Alors que, moi, j’ai réussi, et je suis parmi celles qui ont le mieux réussi à performer sur scène. Cette année, j’ai terminé en troisième position à New York, au NY Pro, l’une des compétitions les plus importantes pour la Fédération dans laquelle je suis impliquée. Le culturisme féminin n’a plus vraiment d’avenir. Il n’y a presque plus de compétitions à travers le monde, alors que, dans ma nouvelle catégorie, j’aurais pu compétitionner 17 fois cette année, si j’avais voulu.

Et pourquoi le culturisme a-t-il perdu des plumes?

Parce que les femmes sont devenues trop musclées, et ça ne passe plus. Les commanditaires ne sont plus intéressés à s’impliquer. Les revues sportives ne les présentent plus dans leurs pages. C’est la catégorie physique qui a maintenant le vent dans les voiles.

Vous vous sentez plus libre aujourd’hui à la suite de votre transformation?

Tout à fait. Je peux maintenant jouer au tennis, et je suis capable de courir sans être essoufflée. J’ai même recommencé le jogging. Maintenant, je peux porter les vêtements que je souhaite. J’aime mieux l’image que je projette maintenant. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus en santé, beaucoup plus fit et j’espère démontrer à mon fils que les rêves peuvent devenir réalité quand on s’y dédie. J’essaie d’être un bon exemple de discipline pour lui, mais aussi de lui montrer que je fais des choix pour avoir un plus bel avenir avec lui.

Votre objectif ultime est de faire le Arnold Sports Festival en février prochain?

C’est exact. Il s’agit d’un événement très prestigieux, réservé aux élites de notre sport. C’est le concours qui octroie le plus de points, si on se classe dans le top 5, ce qui peut nous permettre ensuite de participer à l’Olympia et d’acquérir le titre de Miss Olympia. J’espère au moins pouvoir faire partie du top 8 au Arnold.

Et sur quoi serez-vous jugée?

Sur notre esthétique globale. On doit avoir un V au niveau du tronc, donc des épaules larges, une petite taille et un bon fessier. La musculature doit couler. On ne doit pas avoir de muscles carrés ou proéminents. Le maquillage, notre façon de bouger sur scène seront également évalués. On veut de la féminité, et du sex appeal, malgré la musculature développée.

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